Respect, jeunesse et éducation

J’ai basé beaucoup de mes réflexions et de mes actes sur Respect, Confiance, Responsabilité cependant limité à un contexte : Le monde des adultes.

Cyrille a des mots de plus en plus durs pour les élèves qu’il côtoie. Je ne me permettrai pas de juger si il a raison ou tort, je le crois volontiers. Je voulais préciser un point important, à 15 ans t’en as rien à foutre de ton avenir.

Cette simple remarque vient parasiter toute logique qu’on pourrait avoir sur le jeune à l’école. Je ne parle évidemment que de mon expérience et de mes souvenirs mais qui me semblait partagée par une majorité des jeunes de mon âge : À 15 ans je voulais voir les copains, toucher des seins, avoir la paix à l’école et des parents, jouer à des jeux vidéo, découvrir ce que j’aimais (goûts : musique, lecture, ciné…).

Je me contentais de travailler pour 1/ avoir la paix 2/ passer dans la classe supérieure mais certainement pas « pour mon avenir ». On se découvre et on se cherche à cet âge, choisir un avenir/emploi est mieux engagé quand on se connaît soi-même un minimum.

Cyrille parle souvent de la relation entre le professeur et les élèves. De manière très ironique, le corps professoral veut davantage la réussite des élèves que les élèves eux-mêmes. Je ne pense pas que ce soit nouveau, je le ressentais déjà ainsi il y a 20 ans. Lorsque je remettais un DM à un professeur, je répondais à une obligation de travail. Je ne le faisais pas « pour moi » mais réellement « pour le prof ». Si on torche son devoir, est-ce qu’on manque de respect envers le professeur ? De mon point de vue, non. On n’a justement pas conscience de la communication et des interactions sociales encore. J’avais du respect pour mes enseignants mais je n’ai jamais pensé leur manquer de respect en rendant un devoir de merde.

J’ai redoublé ma 4ème, je me suis retrouvé avec 0,5 de moyenne en maths. J’ai gardé un putain de bon souvenir de cette année-là, mon premier amour, les subterfuges et stratégies pour berner mes parents, les réveils à 00h30 pour faire les DM de la journée, le côté bizarrement cool que j’avais car je foutais rien et j’étais libre (niveau temps). L’année d’après ma mère m’a mis en école privée. Plus de copains, plus de sorties, plus d’argent de poche si je ne bossais pas, la paix enterrée avec les parents. Mon cerveau a fait preuve de logique, si je voulais la paix il fallait bosser. J’ai eu les félicitations, 18 de moyenne en maths, là aussi j’étais cool car premier de la classe en partageant mes DM de maths aux copains. Bref je ne travaillais toujours pas pour moi mais pour que les adultes me foutent la paix.

Il est faux de prétendre que tous les élèves de 15 ans se foutent de leur avenir, certains sont plus matures ou passionnés, d’autres ont des histoires/vies plus dures qui leur font prendre conscience de l’importance des études. Je maintiens pourtant que ma façon de voir le monde à 15 ans était largement partagée.

À 15 ans on n’a certainement ni compris ni accepté la société dans laquelle on devra vivre le restant de nos jours. Ça peut sembler paradoxal mais il revient aux parents et aux adultes d’amener (forcer ?) le jeune à s’insérer dedans.

La démission des parents dans l’éducation de leurs enfants est constaté par beaucoup de monde. Si les adultes chargés « professionnellement » de l’éducation des enfants suivent ce mouvement, la société s’effondrera un peu plus.

Merci à la classe politique d’être incapable de rémunérer suffisamment et dignement le corps professoral pour sa contribution à la société, à l’éducation de nos enfants et « pour notre avenir » à tous.

Déjà 8 avis pertinents dans Respect, jeunesse et éducation

  • jack84
    « La démission des parents dans l’éducation de leurs enfants est constaté par beaucoup de monde. Si les adultes chargés « professionnellement » de l’éducation des enfants suivent ce mouvement, la société s’effondrera un peu plus. »

    C’est bien là qu’est le problème, tout est résumé en ces quelques mots.

    J’ai peut-être tort, mais pour moi c’est parce que beaucoup de parents n’éduquent plus (ou mal) leurs enfants que les enseignants ont les pires difficultés pour leur fournir l’instruction qu’ils devraient recevoir.
    Même s’ils le méritent, ce n’est pas d’augmenter le salaire qui fera faire des miracles auprès des jeunes. Au mieux cela sera une maigre compensation pour les difficultés qu’ils connaissent, car en plus maintenant c’est devenu un métier à risque.

    Ciao

  • on a les mêmes souvenirs des études : je n’ai jamais bossé pour moi mais surtout pour être tranquille.
    mais je ne peux pas dire que c’est une attitude partagée par tous les ados de 15 ans. mon grand à justement 15 ans, est en 2de en Instruction en famille (avec moi comme prof) et a réussi brillamment son brevet l’année dernière en candidat libre (il est en IEF depuis le CE2)… et quand on lui demande pourquoi il travaille … car il pourrait très bien se la jouer gros glandeur dans sa situation… il répond qu’il ne veut pas devenir un gros con incapable d’analyser le monde avec un minimum de recul. il ne le fait même pas pour moi ou pour être tranquille ou pour un métier (il n’a aucune idée de ce qu’il veut faire) en revanche, il a bien capté que toute la merde qui nous tombe dessus vient de l’attitude des générations précédentes (dont la mienne) et ne veux surtout pas commettre les mêmes erreurs.

    quand je pense qu’ils veulent supprimer l’IEF… avec des gamins collés à l’école « de force », je me dis que les profs ne pourront jamais s’en sortir :/
    mais j’espère :)

  • Pour moi ce fut en 4eme que j’ai commencé à glander mais ça passait …jusqu’en 1ère S et là première catastrophe. objectif bac que j’ai eu sans forcer ensuite mais toujours sans savoir quoi faire. a la fac je suis passé d’un semestre à 15 jusqu’à 2. Il a fallu que je sache vraiment quoi faire de mon avenir pour que ça reparte et ça reste un peu une constante plutôt humaine. Ca et la confiance que l’on peut avoir en soi.

    Alors bon, on ne me la fait pas et quand je vois des apprentis je leur demande ce qu’ils veulent faire après . en general, ceux qui ne savent pas se révèlent mauvais car ils ne savent pas pourquoi ils sont là. Leur donner des perspectives peut aider mais ça doit quand même venir d’eux.

  • Je pense qu’il faut être capable de faire la différence entre soi-même à 15 ans il y a 30 et des 15 ans aujourd’hui. C’est un peu comme parler de la voiture, elles ont changé en 30 ans. La position d’enseignant a ceci d’intéressant c’est qu’elle nous permet chaque année de voir passer les générations. Quand à un moment tu présentes le même cours que tu présentes depuis des années et que tu n’as pas de raison particulière de le changer parce qu’il fonctionne et que tu vois qu’il ne fonctionne plus, ce n’est pas toi qui a changé c’est le public. Le seul critère qu’il faut prendre en compte c’est sa propre vision biaisée. Est-ce que je suis aigri et c’est moi qui pense que les choses ont vraiment changé ou est-ce que ça a vraiment changé. Quand tu vois que tout enseignant que tu croises crie à la catastrophe, que tu vois la multiplication des PAI, des PAP, des aides MDPH, qu’on recrute des AVS à tour de bras, que le problème se retrouve de la maternelle au supérieur, que les collègues qui voient arriver la nouvelle génération d’ingénieurs se fait beaucoup de souci, c’est qu’il y a fort à penser que le monde change.

    Tu as raison sur un point, l’adolescent n’a pas les capacités structurelles pour préparer le long terme, il le fantasme mais n’est pas capable de mettre en place les structures pour sa réussite, c’est un peu à ça que servent les parents et le système. Seulement avec des parents qui doivent gérer leur propre vie parce que tu te retrouves à 35 ou 40 ans avec le mari qui s’est barré, tu as perdu ton travail, et j’en passe, un système qui n’a plus rien de répressif avec plus de 90% de réussite au BAC pour mieux planter les enfants derrière, il se trouve que c’est compliqué pour un gamin où le mot autonomie est totalement sorti du vocabulaire de faire ce qu’il a à faire.

  • Pierre
    Pour ma part, j’en avais rien à faire de l’école… Je travaillais juste assez pour obtenir la moyenne avec une toute petite marge de sécurité ce qui faisait enrager mes parents et les profs. Ce n’était pas un manque de respect mais simplement du je je-m’en-foutisme.
    Je ne savais pas non plus quelles études faire après l’école. J’avais été voir un conseiller en orientation qui voulait me convaincre de faire de la comptabilité, ce qui ne m’intéressait absolument pas. A quelques semaines de la rentrée, je n’étais inscrit encore nulle part et j’ai fais l’informatique un peu par hasard parce que j’avais un copain qui faisait des études d’informatique et que m’a dit vient, on se marrera bien, tu verras, on joue à Magic pendant les fourches et on fait des JDR… Je me suis dit pourquoi pas, après tout c’est pas trop dur de trouver un job dans l’informatique et ça paie bien comparé à d’autres secteurs.
    Ce n’est qu’à ma dernière année d’étude que j’ai vraiment bossé… d’une part à cause des stages qui étaient chouettes et du mémoire dont j’ai pu choisir le sujet et aussi parce que je voulais avoir une mention sur mon diplôme.
    Paradoxalement maintenant je me forme sans arrêt et j’adore ça et je passe pas mal de temps à regarder des vidéos de vulgarisateurs et d’historiens qui présentent de façon intéressante, ludiques, parfois avec un peu d’humour des sujets qu’on tentait de nous enseigner à l’école de façon franchement chiante… évidemment les techniques ont évoluées on a plus de stencils et de photocopies et les films de science ringards ont été remplacés par des visuels bien plus clairs et attractifs mais aussi et surtout les personnes qui font ces vidéos sont des passionnés et font preuve d’une pédagogie qui faisait souvent défaut à l’époque.
    Si je dis partage cela c’est pour dire que de mon point de vue ce n’est pas forcément parce qu’un élève est médiocre ou n’en a rien à battre qu’il n’a aucune ambition pour son avenir qu’il aura plus de mal à s’en sortir qu’un autre. Il y a un moment où un déclic se fait et sans qu’on s’en rende compte tout se met en place. Évidemment ce n’est pas toujours comme ça que ça se passe et il faut essayer de se demander pourquoi les élèves n’arrivent pas à s’intéresser aux cours.

    Quand je vois les ados dans mon entourage, ils sont généralement bien plus sérieux que lorsqu’on était jeune. Je pense que l’éducation y est pour beaucoup, nous parlons bien plus avec nos ados que ce que nos parents ne l’étaient avec nous, on les écoute, on essaie de les comprendre, on règle les conflits avec le dialogue plutôt qu’avec des sanctions, on les implique dans la plupart des projets et des décisions et on leur fait confiance. Je ne sais pas si ils travaillent pour eux où parce qu’ils savent que ça nous fait plaisir ou qu’on est fière d’eux mais en tout cas, je pense sincèrement que la reconnaissance est un facteur clé. Je me faisait souvent engueuler quand j’étais jeune et que j’ai eu mon lot de punitions, outre le fait que ça ne m’a certainement pas aidé à avoir confiance en moi, ça m’a surtout appris à me forger une carapace pour finalement devenir indifférent à toutes ces remontrances.
    De mon point de vue, le problème vient souvent des parents qui se savent pas éduquer leurs enfants, qui ne savent pas les écouter ou leur consacrer assez de temps ou qui ne prennent pas le temps d’essayer de leur donner goût à certaines choses (par exemple je n’ai jamais fait de sport, de musique, et autres activités de ce style parce que mes parents ne m’ont jamais poussé à essayer… du coup je me suis rabattu sur les jeux de rôles et les jeux vidéos… si j’ai appris l’anglais ce n’est pas parce qu’on m’avait poussé à apprendre une autre langue mais parce que les manuels des JDR étaient en anglais de même que beaucoup de jeux vidéos à l’époque, les BBS puis l’internet quand il était encore confidentiel en Europe… ca ne m’a pas rendu malheureux mais maintenant je regrette de ne pas avoir appris à jouer d’un instrument où au moins d’avoir essayé).

Laisser un commentaire

indique des champs obligatoire.