Nous sommes le virus, la nature est l’antidote… Ou peut-être pas

Depuis quelques semaines, je vois fleurir une petite musique lancinante, en apparence subversive, un peu partout autour de moi. Cette affirmation, inspirée du monologue de l’Agent Smith à Morpheus dans le film Matrix : l’espèce humaine est un virus et la nature — par l’intermédiraire du SARS-CoV-2 — serait le remède à… Ben nous. GG, Pédro Viktorovitch. Disruptif ! Novateur ! C’est vrai que l’auto-flagellation à l’échelle de l’espèce humaine, ça n’existe que depuis… Quoi ? 2000 ans ? Allez, disons 1600 ans à vue de pieds — et la structuration de la religion chrétienne en Église. Il te reste plus qu’à tirer les conséquences de tes propres affirmation et te pendre haut et court.

Bon. Mais passons cette affirmation au crible des faits. Il est vrai, certes que l’espèce humaine est devenue un danger pour son environnement. L’écosystème global planétaire a vu disparaître environ 60 % des espèces vertébrés. La hausse globale de la température moyenne chaque année et due à l’activité humaine est un fait qui n’est plus contesté que par quelques illuminés. Et les différents courants océaniques ont créée, à différents endroits de la planète des pièges à déchets plastiques que nous alimentons en permanence.

Bon. C’est pas glorieux. C’est pas glorieux mais est-ce vraiment le fait de l’espèce humaine elle-même ? Ou est-ce le fait d’autre chose ? Une chose qu’éventuellement nous pouvons réparer ?

Voyons, les hominidés, famille qui regroupe notre espèce plus les grands singes d’Afrique comme les orangs-outans, les gorilles et les chimpanzés, existerait depuis environ 20 millions d’années. Le genre Homo — qui contient l’homo erectus, l’homo habilis, l’australopithèque, le néandertal et toutes les autres espèces humaines que l’on a appris en SVT et qui ont aujourd’hui disparu ou se sont hybridés — existerait depuis environ 2,7 millions d’années. Quant à notre espèce, Sapiens, elle serait apparue il y a 100 000 à 200 000 ans.

Quant à l’écocide en cours sur notre planète — que certaines personne toutes aussi confuses se proposent de nommer anthropocène — il aurait commencé il y a environ 200 à 300 ans… Pour bien se rendre compte à quel point l’écocide en cours n’a rien à voir avec l’espèce humaine en particulier, considérez que, au vu des chiffres donnés juste avant, l’écocide en cours représenterait de 0,003 à 0,001% de notre histoire…

Par contre, on peut très concrètement lier le début de cet écocide à une innovation humaine qui naît et se propage à peu près dans ces eaux-là : le capitalisme.

Il est évident que la crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui est une crise du capitalisme. Outre l’impréparation de la plupart des États européens qui découle directement d’une gestion financiarisée des biens publics (en particulier des stocks d’E2P), il est aujourd’hui prouvé que les déforestations en cours sur la planète mettent de plus en plus en contact des faunes sauvages réservoirs de maladies qui nous sont inconnues, et des élevages industriels de bétail, favorisant leur transmission à l’homme. De même, la circulation du virus à travers le monde est favorisée par les flux gigantesques et effrénés de marchandises et de personnes à travers le monde. Flux qui sont alimentés par, et nécessaires au capitalisme.

Aujourd’hui, le capitalisme est le mode de production et d’organisation de l’économie dominant sur notre planète. Mais il en a pas toujours été ainsi. Et, par corollaire, il ne présente aucun fatalisme. Nous pourrions faire autrement. Nous pourrions produire de manière plus raisonnée. Nous pourrions arrêter de bousiller notre écosystème en produisant de manière frénétique. Mais cela supposerait, en premier lieu de sortir du capitalisme. C’est-à-dire de cesser de rechercher la croissance. De cesser d’utiliser le PIB comme indicateur de la bonne santé de notre société. D’interdire la propriété privée des entreprises. D’interdire le versement de dividendes. D’interdire la bourse.

Alors, oui, c’est difficile. Pour presque tous les êtres humains de la planète, le capitalisme est le seul mode d’organisation de l’économie que nous ayons connu de notre vie (et j’y inclus les organisations économiques des pays du bloc soviétiques qui ne sont, structurellement qu’une forme étatique de capitalisme). Il constitue une forme d’horizon indépassable en ce que nous n’avons jamais vu d’autres organisations économiques en application concrète. Ça nécessite de réapprendre un certain nombre de choses et de désapprendre un certain nombre de réflexes.

Mais c’est possible.

Alors plutôt que de nous auto-flageller, commençons par désigner les vrais responsables du problème : les bourgeois. Et faisons en sorte d’éliminer leurs privilèges au plus vite pour stopper ce bal incessant de production de marchandises.

Déjà 5 avis pertinents dans Nous sommes le virus, la nature est l’antidote… Ou peut-être pas

  • Paille
    Je rajouterai la technologie, sans voiture, avions, centrales nucléaires, smartphones etc.. On n’en serait peut-être pas là non plus…
  • Paille
    Je me suis effectivement mal exprimé (je ne suis pas technophobe). Je dirais donc la technologie liée à la (sur)consomation (avoir le dernier i-machin, le pc etc…) .
    Mais il y a aussi de nombreux facteurs : manque de réflexion, rien à foutre, moi (l’homme) d’abord, fainéantise (je prend ma caisse pour aller à la boulangerie), capitalisme
    (effectivement) etc…Des attitudes humaines….Tu parles de 200/300 ans, donc dès que l’homme à eu accès à des outils (technologie au sens large) lui permettant une certaine domination sur son environnement , il s’est pris pour le « chef » (dieu quoi…). Bref tout ça (j’en oublie surement) pour dire qu’effectivement le capitalisme a de grandes
    responsablités, mais pas que. Selon moi, c’est bien la nature humaine qui est en question.
    Après que se serait il passé si une autre espece avait autant évolué que nous ? Peut-être la même à peu près chose…

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