Un combat contre soi

Croire est aussi – souvent – un combat contre soi.

Je ne crois plus en l’informatique. J’ai débuté ma chute dans l’article Mon Internet est mort. C’était presque facile alors, ça ne concernait que le net. Maintenant je remets tout en cause, la sécurité vœu pieu et ridicule, la documentation parent pauvre des outils, la traduction à peine considérée, les systèmes d’exploitation incapables de rendre simple et utilisable un outil pourtant devenu quasi-obligatoire, les entreprises dont le seul but est le profit, les gouvernements qui ne comprennent rien à la nécessité de l’autonomie des personnes, à la vie privée, à l’importance des données personnelles…..

Je vois les copains autour de moi considérer que l’informatique ce n’est qu’un job, un truc de spécialistes, un passe-temps. Aucun recul ou si peu sur ce que l’on fait. L’informatique change le monde. Aujourd’hui on parle objets connectés, automatisation, virtualisation/conteneurisation, blockchain, intelligence artificielle, données personnelles. L’informatique prend de plus en plus de place dans nos vies mais personne ne prend le temps/recul nécessaire de voir où ça nous mène.

Carl en ce moment fait la traduction d’articles expliquant htop. J’ai arrêté de lire au quatrième article depuis je les survole. Il y a quelque chose que j’ai dû louper – c’est tout moi – un outil c’est fait pour faciliter les choses non ? Quand je prends un marteau c’est pour éviter de taper avec mes doigts, c’est parce que ça me permet d’aller plus vite et plus simplement pour enfoncer un clou. Quand je dois passer plusieurs heures sur htop pour le comprendre et lire 10 articles, ça sert à quoi ?

Il y a des outils simples et des outils complexes, on est d’accord. Un outil qui doit renseigner sur l’état du système, il doit être simple et explicite non ? Évidemment ce n’est pas directement la faute de htop ni de ses développeurs. Ce sont toutes les couches empilées les unes sur les autres qui font que l’ordinateur et l’informatique sont devenus totalement incompréhensibles pour la majorité de l’humanité.

Évacuons le problème on s’en fout, ce n’est qu’un job et/ou un passe-temps ! Je pense que chaque être humain est en recherche de sens. Si ce que l’on fait n’a pas de sens, on perd pied. On cherche impérieusement un sens.

Vous vous rappelez la dernière fois que vous avez parlé informatique avec une personne sollicitant votre aide ? Elle comprenait ce que vous lui disiez ou elle vous voyait comme un grand manitou ? Ma dernière intervention ça a été pour cacher la barre des favoris sur Chrome et la question consécutive : Tu as fait comment ?

Je sais comment j’ai fait… je ne me souviens plus pourquoi je l’ai fait. Et vous ?

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Quand je dois passer plusieurs heures sur htop pour le comprendre et lire 10 articles, ça sert à quoi ?

Ça me rappelle cette citation de Jean Bart: « L’aboutissement de la précision, c’est la vulgarité ». La précision nécessite une focalisation au détriment d’une vision plus large et contextualisante. La précision est vulgaire: elle est objectivante, elle est réductrice, elle est clinique, elle est pornographique: le « tech porn » répond au « food porn ». Il y a quelque chose d’obscène là-dedans. Comme un sudoku ou un rubik’s cube qui exigerait potentiellement de ceux qui y travaillent une consécration par définition quasi exclusive. D’où la nécessite de rappeler une évidence: ce que serait un design éthique. Qu’on ait besoin de le dire montre à quel point il n’est plus conscientisé.

Où sont les consciences des techs ? On les invoque ? On les convoque ? Y’a urgence !

A.

Bonjour,
Je comprends cet état d’esprit. Hier je finissais d’écrire un test/tuto sur pluXML et je me faisais quelques réflexions justement sur certains choix. Je me demandais finalement à qui s’adresse l’outil, puisqu’il n’intègre pas directement un éditeur wysiwyg. Et je me vois mal expliquer en long en large et en travers le principe du langage à balise. Pourtant j’ai continué à expliquer ce que pourrait en faire un débutant et ce que ça pourrait lui apporter…

Mais c’est vrai que j’ai l’impression qu’on oublie à qui doivent s’adresser les outils, ou qu’on en réserve une partie à une « élite autoproclamée ». Pourquoi pas, c’est un choix de société, même si ce n’est pas le mien. Mais au moins doit on avoir un choix. Je vois ce même débat autour du chiffrement en GPG et j’ai fait le choix de Protonmail, après divers essais pour convaincre mes interlocuteurs avec l’installation de clés, etc….trop complexe dont je vais à la simplicité. Après, il y a des défauts, c’est sur, mais on fait quand même plus avancer le schmilblick comme ça.

Alors oui, je ne crois pas, d’une certaine en l’informatique, dans sa façon de fonctionner aujourd’hui. Je crée des petits outils basés sur l’informatique dans mon boulot et je suis confronté à des gens qui découvrent presque un pc parfois. ça calme vite… et ça apprend à faire simple, à comprendre d’autre manière de penser que la sienne. Et chaque jour on se remet en cause.

Salut,

Faire du sens ? S’intéresser à l’informatique n’a jamais fait aussi sens qu’aujourd’hui. En fait, surtout depuis juin 2013. Et pour commencer, les gens ont plus besoin de littérature que de commandes UNIX. Ce blog contribue à ce besoin.

Haha c’est vrai que l’article sur htop est long, mais c’est plutôt parce que les indicateurs affichés par l’outil font appel à des notions des systèmes GNU/Linux que peu de gens possèdent, d’où l’objet de cette série d’articles pour les décrire ;) L’outil te facilitera la vie si et seulement si tu comprends les notions abordées. Un peu comme le tableau de bord d’une voiture ou d’un avion.
    Yo,

    Tu t’en doutes je ne m’amuse pas à dire que ta série d’articles sur htop ne sert à rien. J’utilise htop mais j’ai suffisamment de recul avec l’outil pour critiquer la complexité qu’il met en lumière. « des notions des systèmes GNU/Linux que peu de gens possèdent », qui les possèdent d’ailleurs ? 1% des barbus…

    L’outil ne facilitera pas la vie, je n’y crois pas. Il suffit de lire les articles de ta série pour s’en convaincre. Il faut déjà prendre le temps de les lire, les comprendre, les intégrer/mémoriser… Au final je parie que la majorité des gens se basent sur le pourcentage ou le système de couleurs (vert, orange, rouge). Une information rapide, simple et claire à lire au final. Donc la vraie question est-ce utile de connaître les détails expliqués dans ta série d’articles ? Pour moi c’est de la culture, pas de l’utilisable.

    Le tableau de bord de la voiture est un très mauvais exemple, je ne vois pas réellement un indicateur complexe à comprendre : Vitesse en Km/h, carburant en litres, régime moteur en tours/mn, etc. Le tableau de bord de la voiture c’est ce qu’on devrait avoir à la place de htop mais à la place de ça on a le tableau de bord d’un avion incompréhensible et complexe.

    J’espère que tu rebondiras sur mon commentaire car le sujet est intéressant.

    Tcho !

      Désolé Cascador, mais je ne partage pas ton point de vue.
      L’énorme avantage de Unix/Linux réside dans la qualité des outils mis à disposition des administrateurs et autres « power users » / développeurs. htop n’est pas ciblé pour l’utilisateur final.
      Je suis d’accord avec Carl, on ne peut pas expliquer htop si un certain nombre de concepts de base n’est pas maîtrisé.
      J’ai eu mes premiers contacts avec Unix (HP-UX, Interactive Unix, ensuite VxWorks) – y compris un détour via VMS – à la fin des années 80. J’ai eu la chance de travailler avec des développeurs système de très haut niveau (applications temps réel de contrôle-commande). À leur contact, j’ai appris à chercher à comprendre, même si cela demande des efforts. Ensemble, nous avons mis au point un DCS (SNCC) qui était pour l’époque très innovant.
      Ce que j’apprécie dans les environnements Unix/Linux, c’est leur stabilité dans le temps ; prendre du temps pour comprendre et maîtriser un outil, une fonctionnalité, une information complexe est un investissement rentable car cette connaissance restera valide/valable pendant plusieurs années, voire plusieurs décennies. Cet aspect est ma plus grande raison de frustration dans l’éco-système M$ ; le sentiment de perdre son temps à essayer de comprendre. J’ai d’ailleurs arrêté de faire des macros dans Word et Excel lors de la sortie de la version 6.0 d’Office car tout ce que j’avais péniblement réalisé auparavant ne fonctionnait plus.
      En revanche, j’ai des scripts bash ou ksh (voire csh) qui sont toujours d’actualité presque 30 ans après leur écriture initiale.
      La vie est trop courte pour perdre son temps à apprendre pour rien.
      En revanche, la vie est trop courte pour accepter de perdre son temps car on n’a pas fait l’effort de comprendre et de maîtriser certaines connaissances.
      Je suis surpris du manque de maîtrise et de contrôle de nombreuses infrastructures informatiques tout simplement parce que les administrateurs systèmes n’ont pas la capacité d’apprendre (manque de temps, manque de moyens de la part du management, manque de volonté).
      L’important n’est pas de TOUT maîtriser TOUT de SUITE.
      L’important est de pouvoir construire une expertise en maîtrisant « brique après brique » des connaissances que l’on est en mesure de capitaliser sur le long terme.
      Ne serait-ce que pour satisfaire cet objectif, la série d’articles sur htop est très précieuse (valuable).
        Salute,

        Il ne faut pas t’excuser qu’on ne soit pas d’accord, c’est une chance d’avoir un échange cordial et argumenté ;)

        « htop n’est pas ciblé pour l’utilisateur final » soit c’est très mal dit soit c’est un non-sens mais c’est intéressant. htop est ciblé pour qui alors ? Je suppose que tu considères pour les administrateurs et autres power users. Donc l’utilisateur normal ou le débutant, il est censé utiliser quoi ? top, GNOME System Monitor ? En fait il n’y a rien pour eux et c’est pour ça que je ne suis pas en accord avec toi.

        A la lecture de ton commentaire je te rejoins sur beaucoup de points. Par contre je pense qu’on ne débat pas de la même chose. Mon idée est de dire que la complexité est galopante alors qu’un outil doit faciliter les choses, s’accorder avec le besoin de l’utilisateur, tenter de le comprendre.

        P.S : « Cet aspect est ma plus grande raison de frustration dans l’éco-système M$ ; le sentiment de perdre son temps à essayer de comprendre » –> Gros gros +1 !

        Tcho !

      J’ai bien compris que tu n’as pas dit que mon article ne sert à rien, je te rassure !

      Je ne tiens pas particulièrement à l’exemple du tableau de bord d’une voiture, mais je suis certain de n’avoir pas compris grand-chose à un tableau de bord avant de passer mon permis, hormis quelques indications évidentes comme les kms/h. Et encore il faut savoir lire ou comprendre les abbréviations, ce qui ne tient pas de l’évidence à l’échelle par exemple d’un pays, prenons la France, avec 7% d’illétrisme.

      Il n’y a pas d’interface homme/machine un tant soit peu complexe hors d’une culture et d’un apprentissage particulier. Il y a des interfaces plus ou moins bien faites, mais si tu ne comprends pas les données présentées, l’interface restera impénétrable en grande partie impénétrable. Tu comprendras toujours un ou deux indicateurs, les plus simples de l’interface.

      Pour en revenir à htop, il est simple de voir le nombre de coeurs disponibles et la quantité globale de mémoire ainsi que la mémoire occupée. Pour le reste, sans les notions de base d’un système GNU/Linux, ça va se compliquer :)

        Pfff t’es trop corporate toi ha, ha, ha !

        Je suis d’accord avec ce que tu dis mais toi et Erwann dites finalement que cet outil htop s’adresse à une population spécifique (administrateurs et autres power users). Ce que je me refuse à accepter et ce que je refuse de vous laisser dire. La question de fond c’est est-ce que l’utilisateur doit s’adapter à l’outil ou est-ce qu’on doit adapter l’outil à l’utilisateur ? Je prône évidemment la seconde proposition. En gros vous dites voilà une batte de baseball il te reste maintenant à apprendre comment enfoncer des clous avec. Il y a un manque d’empathie dans l’approche de la conception et de l’utilisation des outils par les autres que vous acceptez comme normal. Je parle Ethical Design (https://ind.ie/ethical-design/) pour être clair.

        Tcho !

          La question me semble nécessiter d’élargir, au delà de « ce de quoi on parle » (en l’occurrence htop), à « de qui est-ce qu’on parle » (l’utilisateur de htop), « dans quel contexte » (administration système pro, geek, perso/curieux, etc.), et à « dans quel but » (c-a-d pour quoi faire au juste). Le beau geste, c’est à dire le geste minimalement efficace qui peut être fait sans avoir à revenir inutilement dessus plus tard, c’est celui qui est fait par la bonne personne, avec le bon outil, dans le bon contexte, et pour le bon objectif. La question concernant htop devient donc: à quelle personne, dans quel contexte, et pour quel objectif est-ce que htop est le bon outil. La réponse est simple: ça dépend, car le propre du beau geste est d’être spécifique. Il y a néanmoins un invariant: htop est un outil de base et pourtant déjà bien complexe, car il donne à voir la complexité du système sous-jacent. Il ne la filtre que de manière partielle (représentation et synthèse). Par conséquent, il a une courbe d’apprentissage qui l’éloigne de beaucoup d’usages faute de pouvoir à y investir le temps nécessaire. Au final, la question qui se pose est de savoir si « le beau geste » est encore possible aujourd’hui dans le domaine de l’informatique. Tant dans le domaine du dev que de l’IT, les couches de complexités se sont empilées tant et si bien qu’être en mesure de fournir « le beau geste », celui de l’artisan, demande une énergie que très peu de personnes seules sont en mesure de fournir. Autrement dit, leur perception de la significativité de leurs actes ne permet pas de les valoriser à hauteur des efforts que ces derniers demandent, et le rapport coût/bénéfice de la pratique de l’informatique peut devenir défavorable pour l’individu, qui préfère d’autres champs à la fois plus accessibles et effectifs.

          Je pense que Cascador a l’impression d’être arrivé à ce seuil. C’est subjectif, ça ne se discute pas, et paradoxalement ce n’est que de subjectif qu’il est possible de discuter.

Depuis plusieurs années, je dis autour de moi que j’ai honte de et que je suis préoccupé par la société numérique que nous sommes en train de laisser à nos enfants.
Pour la plupart, ils sont déjà esclaves des outils, des produits, des applications et seuls très peu d’entre eux sont en mesure de prendre quelque recul.
Ils (nous) sont (sommes) fichés au nom de leur (notre) « bien ».
Les coûts exorbitants – et les pertes abyssales – causés par une informatique mal conçue, mise en oeuvre de manière inefficace sont autant de moyens financiers, humains et temporels qui ne sont pas disponibles pour « autre chose », par exemple : pour améliorer la qualité de vie, pour améliorer le niveau de formation, pour améliorer un développement sain et durable de notre monde.
Je considère que l’écologie commence par l’utilisation efficace des ressources disponibles : puissance de calcul des processeurs, espace mémoire, espace de stockage, bande passante réseau, etc.
Rien ne justifie de devoir remplacer un PC tous les 3 à 5 ans, ou un téléphone portable tous les deux ans ; ce n’est que du gaspillage !

>> les gens ont plus besoin de littérature que de commandes UNIX <<
Je pense qu'ils ont besoin des deux. Il est nécessaire de donner à ceux que cela intéressent les moyens de comprendre. Il est également important de mettre de la culture à disposition de tous afin que chacun puisque progresser dans ses connaissances et dans sa compréhension du monde.
Malheureusement, cela demande des efforts, que la plupart de nos congénères refusent de faire (cf. étude PISA et le calcul mental).


Est-ce que le tutorial sur PluXML est déjà disponible ? Je suis à la recherche de quelque "littérature" sur ce sujet.


Tu n'es pas le seul à être pessimiste.
C'est sans doute en unissant nos forces que nous pourrons aider les autres à (faire l'effort de) repenser le monde qui leur est proposé.


Science et conscience, technique et éthique devraient être inséparables.
Je suis un ardent défenseur de l'enseignement de la philosophie au lycée. Je regrette que cet enseignement soit si peu valorisé. En tant que scientifique et ingénieur (je devrais d'ailleurs y ajouter "informaticien"), je pense que l'épistémologie devrait représenter un élément important du parcours de formation des lycéens scientifiques et technologiques ainsi que des étudiants en sciences et en informatique.
Le respect de l'utilisateur commence par une interface conviviale, fiable et efficace et se prolonge par le respect de sa vie privée.

    Entièrement d’accord avec toi. Je me demande toutefois si cet objectif d’une technique éthique est possible. D’une part, l’éthique nécessite une empathie, laquelle nécessite une possibilité d’identification, c’est à dire la conscientisation d’une vulnérabilité partagées. D’autre part, la technique est la plupart du temps utilisée dans une logique prosthétique pour masquer nos vulnérabilités. Dépasser cet antagonisme nécessite un travail spécifique. Je suis d’ailleurs à la recherche de financement pour les mener, si des âmes charitables et riches passent par ici :-)

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