Reprogrammation

Mon dieu que j’aime l’informatique !

J’ai encore fait ça pendant 10h hier. C’est un puits sans fond, une passion, une soif inextinguible comme si il y avait une vérité au bout alors qu’il n’en est rien. C’est au contraire le vide, le vide d’une existence comme si il fallait trouver un but, un sens à la vie, un intérêt…

On se jette à corps perdu dans une passion car c’est réellement un sujet qui nous passionne ou parce que finalement on a trouvé de quoi se révéler, on a trouvé un but ? Celui de passer le temps, d’être bon dans un domaine, d’être reconnu, d’être respecté, d’être aimé.

Coder pour coder n’a aucun sens tout comme ma démarche de toujours configurer davantage mon environnement logiciel à la recherche de quelques secondes gagnées ou d’une solution meilleure. L’outil ne sert à rien si il est tourné vers l’outil. Il sert et il reprend du sens quand il est tourné vers l’humain et vers l’autre.

Bloguer me permet cette reconnexion avec du sens, avec les autres. Les « découvertes » que je fais sont des pertes de temps considérables si elle reste uniquement dans ma sphère privée. En revanche elles éclatent et elles se diffusent potentiellement partout si je les partage. Mon article sur mpv, je n’ai rien trouvé de comparable sur le web. Je ne suis pas ici en train de me jeter des fleurs mais d’illustrer. J’ai mis plus de 20h entre les recherches, les tests, l’écriture près de 3 journées de boulot de 7h. C’est énorme.

Mais si 3 personnes voient un intérêt à cet article et s’en servent alors le temps que j’ai passé je le divise par 4 (3 + moi) dans mon esprit. Le temps que j’ai perdu pour un besoin spécifique et personnel est finalement du temps gagné par d’autres pour la solution à ce besoin qu’eux aussi ils ont.

Il me semble que c’est à cet endroit là précisément que je vois tout l’intérêt du Libre et du partage. J’ai perdu du temps moi personnellement pour une problématique personnelle et grâce à ce partage, cette publication, cette perte de temps acquiert du sens en permettant aux autres d’en gagner.

Que dire. C’est top, c’est beau (pas mon geste, le « Libre et le partage »), j’aime.

Il y a cependant d’autres intérêts à cette recherche continue du plus vite et du meilleur. On se remet en question souvent et régulièrement et par rebond on le fait aussi dans notre vie. On fait travailler notre cerveau et notre imagination et ça n’a pas de prix pour ceux qui connaissent ce sentiment. On a la sensation de servir à quelque chose puisqu’on réfléchit et qu’on trouve des solutions, on n’est plus transparent car on « se voit » faire. On devient autonome, certains deviennent formateurs. On a la chance si on sait la voir de pouvoir partager cette connaissance avec d’autres et c’est une bonne chose de le faire.

Il y a encore bien d’autres intérêts mais celui que je voulais souligner aujourd’hui c’est que parfois ça nous amène à penser différemment, finalement à nous libérer de l’outil. C’est une des idées du Libre (à mon sens), regagner de l’autonomie, comprendre et maîtriser l’outil.

Je me suis engagé dans une lutte contre ma nouvelle souris Razer. Lutte c’est bien le mot et je voudrais qu’en terminant cet article vous ressentiez bien ce fait tangible comme un objet pas une lointaine idée d’un mec qui aime le Libre.

Je pensais bêtement que le paquet razercfg me permettrait de configurer les boutons de ma souris et ce n’est pas le cas. J’ai compris deux semaines plus tard que la solution viendrait du paquet xbindkeys (apt-get install xbindkeys) qui permet d’assigner des commandes à des touches du clavier ou boutons de la souris.

Voici mon fichier ~/.xbindkeysrc à l’heure d’aujourd’hui. Il vous faudra également installer wmctrl (apt-get install wmctrl) pour faire fonctionner les raccourcis.

Quelques lignes tellement… pathétiques. Et pourtant grâce à ces lignes d’un clic je lance Firefox et d’un autre clic je ferme n’importe quel programme. Ça change ma vie, ça change mon usage de l’ordinateur, je gagne un temps considérable et ce temps « perdu » en recherches je sais qu’il sera rentabilisé dans l’année. Plus important que cela, j’ai repris la main sur le fonctionnement de l’ordinateur. Il a fermé sa gueule et il a obéit parce que ce n’est pas à l’utilisateur de se plier au fonctionnement de l’OS/ordinateur mais bien à l’ordinateur de se plier à mes ordres.

En creusant j’ai trouvé un autre tips que je cherchais depuis longtemps dans Paramètres, Peaufinage des fenêtres, onglet Accessibilité, Masquer le titre des fenêtres agrandies (je vous rappelle que je suis sur Xubuntu 15.04). Et là la félicité, plus cette ligne entière gâchée pour marquer Firefox, Gestionnaire de fichiers, Mousepad. Si t’as besoin du menu pour déplacer la fenêtre ou la minimiser, tu appuies sur Alt. Mais le vrai « besoin » de cette ligne inutile c’est bel et bien la petite croix permettant de fermer l’application ! Besoin que je n’ai plus. Je clique sur ma souris ou sur Ctrl+² (Ctrl+œ pour les Linuxiens).

Je me suis surpris ce matin à chercher la petite croix, encore. J’ai été formaté à ce fonctionnement, à ce « raisonnement », c’est devenu un réflexe pour ainsi dire. Mais ce réflexe est déjà en train de disparaître, j’ai repris la main, j’ai repris le contrôle, c’est mon fonctionnement qui prime maintenant, ma façon de penser l’informatique comme elle devrait l’être.

Je me suis reprogrammé et je dédicace cette magnifique chanson à tous les libristes, partageurs, hackers, déconneurs de la planète : Libérééééééé, délivrééééééééééé !!

Déjà 6 avis pertinents dans Reprogrammation

  • A1
    […] si 3 personnes voient un intérêt à cet article et s’en servent alors le temps que j’ai passé je le divise par 4 (3 + moi) dans mon esprit. Le temps que j’ai perdu pour un besoin spécifique et personnel est finalement du temps gagné par d’autres pour la solution à ce besoin qu’eux aussi ils ont.

    => « deduplication of agony », cf. http://blog.openhelix.eu/?p=20696 (attentions, strictes grenouilles: c’est en anglais)

  • C3
    Au temps pour moi, j’avais zappé ton commentaire. La « déduplication de
    l’agonie », c’est un concept simple: plutôt que chacun ait à faire n fois
    une tâche pénible (l’agonie en question), celui qui la résout le premier
    la partage. De cette façon, les agonies sont dédupliquées.

    Dans le domaine scientifique que je connais bien, celui de la
    bio-informatique, les logiciels sont dans l’écrasante majorité des cas
    des bricolages par des gens intelligents mais dont l’informatique n’est
    pas le métier. Ils oublient volontiers que c’est une science à part
    entière, et n’actualisent ni leurs connaissances ni leur pratiques dans
    ce domaine. Or, dans « bio-informatique », « bio » ne compte que pour 3
    lettres. La résultante de cette incompétence est simple: la plupart du
    temps, il n’y a pas de documentation claire et à jour, ni d’exemples, ni
    de tests. Faute d’être réellement utilisables, utilisés et utiles, les
    implémentations se succèdent au gré des thésards, puis noyées de dette
    technique, elles disparaissent avec eux. De plus, mais ça ce n’est pas
    directement leurs fautes, ces logiciels demandent très souvent des
    preprocessing/postprocessing pénibles et complexes sur les fichiers
    d’input/output, faute de pouvoir se reposer sur des bibliothèques
    dédiées à la gestion des formats car ces dernières n’existent pas.

    Le lien que j’ai mis est intéressant: dans le cadre spécifique du
    traitement des données génomiques, une initiative a été prise de rendre
    accessible les principaux logiciels via Docker, avec un input et un
    output standardisés. Ça a ses limites lorsqu’on cherche la performance
    optimale, mais permet de déployer facilement des logiciels dont
    l’installation, la configuration et l’usage sont la plupart du temps
    abscons, et donc de travailler bien plus efficacement.

    Le principe est très séduisant et je crois qu’il répond à un vrai besoin.

    C3, senior researcher en bioinfo, justement.

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