Ce que cache le vote FN

C’est une source d’étonnement constante pour moi. Les gens ne savent pas pourquoi ils voter(ai)ent FN.

C’est indéniable, le vote de 2012 a été porteur de beaucoup d’espoir. Rappelez-vous le soir de l’élection, des milliers de gens sont descendus dans les rues à Paris pour crier leur joie. Il s’embrassaient entre inconnus, persuadés d’être enfin arrivé à la libération, au changement qui allait définitivement les ramener sur le chemin d’un monde meilleur. Ils ont été déçus.

3 ans plus tard, nombre de ceux qui avaient voté par espoir à l’époque — c’est-à-dire beaucoup de monde — sont déboussolés. On leur avait promis de penser à eux, de combattre la finance, de renforcer l’État et le service public, de restaurer les acquis sociaux et d’en élever d’autres (PMA/GPA pour les homos). Il n’en fut rien — sauf pour ce qui est de renforcer l’État. Lorsque je parle avec eux aujourd’hui, à mon grand désespoir, invariablement, inéluctablement, ils finissent par me dire que la prochaine fois, ce sera le FN. Bien sûr, je sais que la plupart n’en feront rien. Au final, en regardant les scores des dernières élections, les gens préfèrent s’abstenir que de voter FN. Et pourtant, je me retrouve toujours abasourdi par une telle réponse même après l’avoir autant entendue.

En fait, si le FN devait progresser aux prochaines présidentielles, ce ne serait pas parce que ses idées sont bonnes, mais parce que celles des autres sont mauvaises — sans d’ailleurs que les leurs soient meilleures. C’est un vote par dépit. Les gens ne savent rien du programme du FN ; d’ailleurs, il s’en foutent. Ce qu’il souhaitent, c’est donner une leçon à ceux qui étaient là avant.

Certains croient sincèrement les discours socialistes du parti. Il ne savent rien de son passé. Ils ne savent pas que Le Pen père était un libéral forcené. Qu’il souhaitait l’abolition de l’ISF, qu’il souhaitait la dissolution des services publics. La famille Le Pen est une famille bourgeoise. Ils sont riches. Il possèdent un château. Il n’ont aucune raison de défendre le peuple et les prolétaires, et il ne le feront pas. D’autres croient aussi cette farce des parasites qui vivent sur le dos des honnêtes gens. Des immigrés qui viennent vivre grassement de l’assistanat. Il y a 30 ans, il venaient piquer nos boulots. Aujourd’hui, il viennent sucer nos allocs. Les temps changent. Les stratégies racistes aussi. Même si l’Histoire de ces 20 dernières années prouve que c’est un mensonge. Que l’assurance sociale n’a fait que subir depuis sa création une longue série de déconstructions. Qu’obtenir des aides sociales est un parcours du combattant et que nombreux sot ceux qui refusent de les demander parce qu’ils ont honte ou, tout simplement ne savent pas qu’ils peuvent en bénéficier. Que les chiffres montrent qu’il est en réalité impossible pour une famille de chômeurs de vivre décemment parce que l’allocation chômage ne monte pas plus haut que 53% du dernier salaire ; je le sais pour l’avoir touché un mois dans ma vie. Aujourd’hui, en France, pour pouvoir toucher une allocation chômage équivalent à un SMIC, il faut avoir touché au moins un an un salaire d’environ 3000€. Et nous savons tous que ceux qui touchent un salaire pareil, en France, se retrouvent rarement au chômage…

Mais le pire, ce sont ceux qui votent en croyant que le FN fait peur aux autres partis. Qui votent en croyant que ça leur apprendra. Comment peut-on s’imaginer que mettre au pouvoir un parti xénophobe, homophobe, mysogine et libéral pour sanctionner d’autre partis peut constituer un projet de société raisonnable ? Comment peut-on soutenir un tel parti en en mettant de côté à quel point la plupart de ses membres sont immondes ? Pourquoi se sentir continuellement obligés de confier le pouvoir à l’un, puis à l’autre pour, en définitive le confier à ce qui consitue la bassesse la plus crasse de notre pays ? Un groupement de gens qui ne véhiculent que la haine, la suspicion, et le contrôle ?

En fait, au final, peut-être les partis politiques ont raison : le peuple n’est pas mûr pour lui confier le pouvoir. Car pensez-vous vraiment que voter pour donner une leçon soit le marqueur d’une bonne maturité politique ?

Déjà 7 avis pertinents dans Ce que cache le vote FN

  • Phipe
    Petit commentaire/nuance…
    Ceux qui gagnent 3.000 € (nets par mois j’imagine…) peuvent et se retrouvent aussi au chômage. J’ai gagné ce genre de salaire et même encore un peu plus pendant une période de ma vie puis j’ai été licencié (trop vieux mouarf…, pas assez malléable re mouarf toussa…) et je serais certainement encore pôleur si je ne m’étais lancé à mon propre compte…. pour gagner nettement, nettement moins…

    Version courte => pas d’accord avec ton raccourci sur la population des 3.000 €

  • FF
    Sans déc, y a des gens qui ont voté Hollande par espoir en 2012 ?!?!? Les cons … Nan, ce qui a fait voter en 2012, c’est le désir de virer Sarko . La prochaine fois, ce sera le désir de les virer tous . Ceci explique cela
  • « Car pensez-vous vraiment que voter pour donner une leçon soit le marqueur d’une bonne maturité politique ? »

    Faut vraiment répondre à ça ? Faut dire qu’on pourrait voter pour des gens s’ils avaient la possibilité d’être élus, mais faut croire que la république préfère une stabilité à toutes épreuves plutôt qu’une évolution un peu plus chaotique mais passionnante. Ce qui n’est pas étonnant quand on se penche sur les versions d’avant qui n’étaient pas vraiment là pour avancer mais pour donner le pouvoir à des querelleurs sans que personne ne puisse trancher le moindre sujet important.

Laisser un commentaire

indique des champs obligatoire.