diaspora* pourrait être la prochaine évolution du web

Pour mon premier billet chez Laurent, j’ai choisi de traiter un sujet un peu théorique : celui de la centralisation du web.

En informatique, l’un des problèmes les plus épineux consiste à choisir le juste dosage entre centralisation et décentralisation des ressources. Chacun possédant ses avantages et ses inconvénients.

La centralisation présente l’avantage de la simplicité. Les ressources placées au même endroit sont plus faciles à gérer. C’est le fonctionnement naturel de l’être humain : on range les livres dans une bibliothèque, les voitures dans un garage, les aliments dans un frigo. Le risque qui en découle, c’est que si la bibliothèque brûle, que le garage s’effondre ou que le frigo tombe en panne, c’est pratique : on perd tout en même temps.

La décentralisation, c’est le strict opposé : on fait des copies des livres que l’on place dans plusieurs bibliothèques. Plus on a de sauvegardes, moins l’on a le risque de tout perdre (comme ce billet que j’ai dû retaper à peine fini à cause d’une fausse manip’…). L’inconvénient, c’est que cela demande plus de travail pour synchroniser les données et les garder cohérentes les unes avec les autres.

Internet est décentralisé, le web est centralisé

Ce problème ne s’est jamais mieux illustré que sur le web. Plus personne ne conteste aujourd’hui la nécessité de construire et maintenir un réseau de connaissances sur Internet — qu’il soit professionnel ou juste composé d’amis. La socialisation est d’ailleurs une utilisation historique du web. Si la technologie des sites web a d’abord émergé pour permettre l’échange de documents scientifiques, très vite il a été utilisé pour socialiser. Les groupes de discussion et les forums sont presque aussi vieux que le web lui-même.

Mais pour pouvoir socialiser, il faut d’abord se rencontrer, ce qui impose la nécessité d’un espace virtuel commun sur lequel échanger. Pour des raisons de simplicité, cet espace partagé virtuel coïncide aujourd’hui avec une centralisation physique : les données sont inscrites dans une seule base de données stockée sur un seul serveur.

L’effet pervers que cette centralisation physique produit, c’est l’apparition de monopoles de gestion de l’information. En particulier, dans les réseaux sociaux, la quasi-intégralité de l’espace social virtuel contemporain est concentré entre les mains d’une poignée d’acteurs au premier rang desquels Facebook et Twitter.

Aujourd’hui, tout le monde est sur Facebook. Si l’affirmation semble un peu pompeuse, elle traduit bien le problème que Facebook et les autres posent aujourd’hui : la quasi-totalité des habitants des pays de l’OCDE ont un compte sur Facebook ou Twitter, ce qui provoque des situations gênantes lorsque subitement l’on se voit demander, avec un visage interloqué, pour quelle raison l’on a pas de compte sur Facebook. En être absent est devenu suspect.

diaspora* pourrait en être la solution

C’est précisément ce problème auquel se sont attaqué avec un peu de prétention les 4 fondateurs de diaspora*, sans savoir qu’il s’attaquaient ainsi au problème du web lui-même.

Car il n’est pas inhérent aux réseau sociaux seulement. Dans le commerce sur Internet, par exemple, n’importe qui souhaitant vendre un objet devra en passer par au moins deux sites : Amazon et eBay. Or, si se contenter de poster une annonce sur deux sites rend possible de vendre à peu près n’importe quoi, il soumet aussi l’intégralité de l’économie faite sur Internet à ces deux acteurs, qui au passage se gavent en prenant leur marge sur presque tout ce qui s’y vend.

Cette centralisation pose au moins deux problèmes :

  • elle fait croire aux utilisateurs inavertis qu’Internet est à l’image du web : centralisé, et ne comprennent alors pas les enjeux et les dangers liés aux lois portant atteinte à Internet que nous impose régulièrement le législateur (LSI, LSQ, LOPPSI 1, 2, 3, HADPOI, LPM, Loi Cazeneuve, etc…),
  • elle nous rend esclaves de grandes entreprises qui, en retenant des composantes fondamentales de notre vie en otage, nous soumettent à leur volonté.

Ce qu’ont compris les 4 fondateurs de diaspora*, c’est que cette concomitance entre la nécessité de partager un espace commun virtuel de rencontre, et la centralisation physique du web est purement artificielle et doit trouver sa solution. Le W3C lui-même — l’organisme qui chapeaute un peu tout ce qui touche à la standardisation du web — ne s’y est pas trompé en créant un groupe de travail sur la question.

Si pour le moment le protocole diaspora* n’est utilisé que pour des applications de réseau social (diaspora* et RedMatrix pour l’instant), il peut facilement être adapté à n’importe quelle application web. En effet, la seule et unique raison d’être de ce protocole est de permettre de créer cet espace virtuel de rencontre dont je parlais plus haut, sans pour autant nécessiter de tout mettre sur le même serveur. Le protocole ne s’occupe que de faire transiter des données liées à des profils utilisateur et les rendre cohérentes entre-elles quel que soit le point d’hébergement. C’est en fait un besoin qui n’est pas particulièrement lié aux applications de réseau social puisqu’une application de commerce en ligne décentralisé, par exemple pourrait répondre très précisément à cette définition. Au final, une donnée est une donnée qui est une donnée. Qu’elle représente l’album photo d’un profil diaspora* ou bien un ensemble d’annonces de vente d’objet, le principe est le même.

Ce protocole présente encore, par bien des aspects, des manques pour pouvoir révolutionner le web. Mais le fait que le W3C se soit désormais saisi de la question, me fait entrevoir la possibilité de faire apparaitre un web qui ne serait pas fondamentalement cassé par la centralisation.

Déjà 2 avis pertinents dans diaspora* pourrait être la prochaine évolution du web

  • Ne pas avoir de profil FB est suspect… et même problématique pour socialiser en soit !

    Aujourd’hui, tu rencontres quelqu’un en soirée qui te plait, tu lui demandes son compte FB. C’est presque comme si tu lui demandais de sortir avec toi :) … Ou alors t’essaye de retrouver la personne d’une manière frénétique (c’est arrivé à l’une de mes amies « My boyfriend passed the whole day after this meeting searching me on FB. » Si c’est pas une preuve d’amour ça…).

Laisser un commentaire

indique des champs obligatoire.