J’ai vu J’accuse de Polanski et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

Donc voilà. J’ai enfin mis les yeux sur l’objet du scandale de la 45e cérémonie des César. Le fameux. Le J’accuse de Polanski.

Et ça vaut quoi ?

Ben… Pas grand-chose… En fait, je suis d’accord avec l’analyse de Virginie Despentes : c’est un téléfilm. Un téléfilm de 22 millions d’euros. Et c’est un peu triste si on le compare avec un autre téléfilm, diffusé sur France 2 en 2012 et qui parle d’un personnage historique du même siècle : Toussaint Louverture. Alors je n’ai pas pu retrouver le budget de ce téléfilm mais je n’ai absolument aucun doute que ce n’était pas 22 millions d’euros.

Alors attention : me faites pas dire ce que j’ai pas dit. J’accuse n’est pas un navet. C’est agréable à voir et si vous ne connaissez rien à l’affaire Dreyfus, c’est une entrée en matière comme une autre sur le sujet. Bref, c’est un divertissement correct. Seulement, voilà, ça n’est que ça : un divertissement correct. Ce film ne méritait pas 22 millions d’euros et très certainement pas un César. Et je soupçonne qu’en fait une bonne partie du budget est parti dans le casting, bankable à souhait (Jean Dujardin et Emmanuelle Seigner, Vincent Podalydès et Polanski lui-même, qui tape un caméo à la Hitchock, moins le talent). Pour le reste, le film n’a aucun intérêt. La lumière est correcte mais sans plus, le cadrage est fénéant, rien n’est évoqué par la mise en scène, les acteurs cabotinent un peu et Jean Dujardin fait du Jean Dujardin. Quant au scénario, il est digne de mes plus moyennes dissertations d’Histoire-géo. Mes profs les qualifiaient de dissertation-tiroir : une suite de faits et de dates mais aucune analyse intéressante.

Berf, c’est assez mauvais pour la prétention du film.

Ironiquement, quelques semaines avant le visionnage de J’accuse, j’ai pu voir un autre film en compétition pour la catégorie de la meilleur réalisation des César : Portrait de la jeune fille en feu. Et là, c’est pas la même sauce…

Portrait de la jeune fille en feu raconte l’histoire de Marianne, jeune peintre qui, à la fin du XVIIIe siècle est chargé de peindre le portrait d’Héloïse afin de convaincre un noble milanais d’accepter un mariage arrangé avec elle. Héloïse, qui ne souhaite pas se marier, refuse de poser, ce qui oblige Marianne à la peindre en secret, en se faisant passer pour une nouvelle servante. C’est dans ce contexte que le film montre la naissance d’une histoire d’amour entre Marianne et Héloïse.

L’intégralité de la diégèse se passe sur une île en Bretagne à une époque où l’éclairage se fait à la bougie ce qui permet à la réalisatrice de filmer les décors à couper le souffre du littoral atlantique, sous la météo capricieuse de la région tout en alternant avec des plan en intérieur en éclairage intimiste et qui lui permettent de jouer avec les ombres du décor. Portrait de la jeune fille en feu est un exercice de style qui joue avec les contraintes de l’environnement en termes de lumière (et de son, parce que la façade atlantique, quand ça vante, l’ingé son crise, je vous garantie).

En fait, je pense que ce qui différencie J’accuse et Portrait de la jeune fille en feu est tout entier contenu dans une scène toute simple, qui intervient au milieu du second et qui fait basculer le récit et la relation entre Heloïse et Marianne. Au cours de cette scène, qui se passe de nuit, pendant une cérémonie organisée par les femmes de l’île, la robe d’Héloïse s’embrase légèrement, ce qui inspire plus tard à Marianne le tableau Portrait de la jeune fille en feu que l’on voit au tout début du film et qui lui donne son nom. Cette scène résume à elle seule tout ce que J’accuse n’est pas : la mise en scène est subtile et magnifique, la lumière est sublime, le jeu est juste, bref tout est bon !

Alors quoi retenir de cette fameuse de cérémonie des César ? Est-ce que J’accuse a été récompensé uniquement pour défendre Polanski des accusations qui sont portées contre lui ?

Peut-être.

Quoi qu’il en soit, pour moi, ce film ne valait pas son César. Je n’ai vu aucun autre film du bonhomme, pas plus que je n’ai vu les autres films en compétition pour le César de la meilleure réalisation. Mais, à mes yeux, le film ne méritait pas de gagner ce prix ni les 12 nominations. Et beaucoup de cinéphiles ont l’air de penser comme moi. Partant, il faut reconnaître qu’il est facile de tirer la conclusion que Polanski a bel et bien bénéficié de son aura dans le cinéma français et international.

Alors, est-ce que je vous conseille ce film ?

Non.

Je veux dire : s’il n’y a rien d’autre à la télé ce soir ou que vous avez juste besoin d’un truc qui tourne en fond sonore pendant les tâches ménagères, pourquoi pas. Ça fait le taff. Mais si vous êtes à la recherche d’un bon film, beau et agréable à matter, le monde est rempli de tellement meilleures œuvres.

À commencer par Portrait de la jeune fille en feu.

Déjà 3 avis pertinents dans J’ai vu J’accuse de Polanski et Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma

  • Xavier
    Pas encore vu « Portrait de la jeune fille en feu » dont la bande-annonce m’a entousiasmé. Mais pour « J’accuse », je trouve que vous y allez fort. « La lumière est correcte mais sans plus » : pardon ?? Et la photo est excellente. Les acteurs m’ont paru convainquants, et Louis Garrel absolument incroyable en Dreyfus. S’il y a bien un acteur à retenir, c’est bien lui ! Il est vrai qu’Emmanuelle Seigner joue comme une enclume; il faut toujours que Polanski la mette dans ses films alors qu’elle est franchement médiocre.

    Le réalisateur, à son habitude, parvient à maintenir un je-ne-sais-quoi de mystérieux tout au long du film, alors même qu’on en connaît déjà plus ou moins l’histoire. C’est la marque de Polanski dans tous ses films.

    « Est-ce que J’accuse a été récompensé uniquement pour défendre Polanski des accusations qui sont portées contre lui ? » : On pourrait retourner le compliment à ceux qui ont descendu le film (il y en a eu peu, ceci dit).

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