LCE : vous savez à quoi on reconnaît un publi-reportage ?

Bonsoir et bienvenue dans un nouvel épisode de #LCE, Les Curiosités Électroniques.

Dites, vous savez à quoi on reconnaît un publireportage ?

Le 17 mai 2013, le groupe Daft Punk sort son quatrième album studio, Random access memories, dont le premier extrait est Get lucky, en collaboration avec Pharrell Williams, Nile Rodgers.

(https://www.youtube.com/watch?v=5NV6Rdv1a3I)

Le marketting autout de cet album est phénoménal et, en 2014, TF1 diffuse un épisode de 50” Inside consacré au groupe :

https://www.youtube.com/watch?v=XSeE0s6QiPo

Ce reportage est monté de façon assez classique avec :

  • intro faisant monter la hype,
  • premier acte sur les débuts du groupe,
  • deuxième acte sur le succès avec Homework et Discovery,
  • troisième acte sur le déclin avec Human after all,
  • quatrième acte/conclusion sur le retour en grâce avec RAM

Bref, un reportage classique, avec sa dose d’emphase et de superlatifs. Dispensable, même. Mais pour le moment, ce n’est qu’un reportage. Jusqu’à cette phrase à 11m35s : « pour Pharrell Williams, cette collaboration a été plus que fructueuse », sous-entendant que Pharrell a beaucoup bénéficié de l’aura des Daft sur cette collaboration.

Sauf que… Ben non, en fait. Et c’est même tout l’inverse !

Reprenons. Lorsque Get lucky sort en 2013, Pharrell Williams est très, très loin d’être un débutant. Il est même producteur depuis 1992. De 1992 à 1998, il produit essentiellement du hip-hop. Notamment Looking at me de Ma$e en duo avec Puff Daddy :

(https://www.youtube.com/watch?v=JdjiovbpW6Q)

Il produit sous le nom de The Neptunes avec Chad Hugo. Et ce groupe de producteurs qui ne vous dit probablement rien est pourtant un pilier de la musique pop des années 2000. Le tournant intervient en 2001, lorsque le groupe accepte de produire I’m a slave for you, de Britney Spears :

(https://www.youtube.com/watch?v=Mzybwwf2HoQ)

Après ça, le duo entre dans la catégorie des producteurs superstars. En 2003, ils sont crédités de la production d’entre 20 % et 43 % des titres diffusées sur les radios en Angleterre et aux États-Unis. C’est également cette année que Pharrell collabore pour la première et unique autre fois avec le groupe Daft Punk, en remixant leur titre Harder, better, faster, stronger avec Hugo Chad sur l’album Daft club (très bon album, au passage) :

(https://www.youtube.com/watch?v=nygK0pqUmD8)

Le groupe produira également cette décennie d’autres artistes pas du tout connus comme Jay-Z, Madonna ou encore le premier album de Justin Timberlake, Justified, et son fameux Cry me a river, une référence à peine voilée à sa récente rupture avec Britney Spears :

(https://www.youtube.com/watch?v=CIk45fEWBok)

En 2006, Pharrell sort son premier album solo après deux albums avec son groupe N*E*R*D et après avoir passé une petite quinzaine d’années à produire pour les autres avec The Neptunes. Le premier extrait est Can I have It like that avec Gwen Stefani :

(https://www.youtube.com/watch?v=vNxXAFMIeAY)

Son deuxième album sort quelques mois après Random access memories et fait un carton avec la chanson que plus personne n’arrive à écouter aujourd’hui : Happy.

(https://www.youtube.com/watch?v=ZbZSe6N_BXs)

Bref, Pharell, en 2013, n’est ni un débutant, ni un inconnu. Il est au sommet de la production musicale américaine depuis une quinzaine d’années. Les Dafts, en revanche est plutôt sur le déclin. Son dernier album studio, publié en 2005, Human after all a divisé la critique. Composé en seulement 6 semaines, il paraît bâclé et beaucoup de personnes le remarquent à l’époque. S’ensuivent Alive 2007 en 2007 qui n’est qu’une captation live du concert du même nom, et Tron legacy, en 2010, la bande originale du film éponyme. Les deux, aussi oubliables l’un que l’autre. Tron legacy un mélange baveux en le Hans Zimmer le plus cliché et le dernier album studio, Human after all. Pour la deuxième fois — après Human after all: remixes — le groupe réussi à livrer un album de remixes (Tron legacy R3C0NF1GUR3D) plus intéressant que l’original. Par exemple, avec ce remix de End of line remixé par Photek :

(https://www.youtube.com/watch?v=sTJfHUkkThE)

Bref, de mon point de vue, les Daft n’ont plus rien sorti de pertinent depuis Discovery, en 2001 soit l’année à laquelle Pharrell commence à exploser en tant que producteur. Mais c’est pas le pire. Parce que, dans le marketing, il y a un grand oublié. La quatrième personne qui collabore sur Get lucky : Nile Rodgers.

Et pourtant, Nile, c’est un papa de la musique électro.

Parce que si Pharrell commence sa carrière en 1992 et les Daft en 1993, Nile, lui, il aligne les notes depuis 1970… Nile Rodgers, c’est un guitariste de génie qui a un son de guitare très particulier et très caractéristique métallique et claquant qui fera la caractéristique de son groupe : Chic, puis de toute la disco de la décennie suivante. Et Chic, vous connaissez. C’est ça :

(https://www.youtube.com/watch?v=aXgSHL7efKg)

Et si Pharrell est responsable d’une grande partie de la pop des années 2000, papi Nile, on lui doit pratiquement toute la disco des années 80. Il va survoler la décennie produisant succès après succès. Que ce soit avec Chic, en produisant, par exemple, I want your love ou Good times, ou en prosuisant pour d’autres artistes dont la liste est longue comme un jour sans pain. Luther Vandross, Diana Ross ou encore Bowie.

Ouais. Let’s dance, c’est lui :

(https://www.youtube.com/watch?v=VbD_kBJc_gI)

Et je pourrais continuer la liste encore longtemps comme ça.

  • Madonna avec Like a virgin :

(youtube.com/watch?v=s__rX_WL10)

  • les INXS avec Original sin :

(youtube.com/watch?v=PTULqzrhBW)

  • Duran Duran avec Notorious : 

(youtube.com/watch?v=Z9z0e1Wm64).

Bref, vous l’avez compris. Nile. C’est un parrain qui a posé la main sur à peu près tout ce qui s’est fait de plus ou moins cool dans les années 70 et 80. Bon, mais sinon, Random access memories, des Daft Punk, c’est bien !?

Ben…

Mon avis, c’est que c’est pas désagréable à écouter, mais c’est franchement décevant. Surtout au regard de l’a hype générée et des noms qui y collaborent : Nile Rodgers, DJ Falcon ou Giorgio Moroder. Tous les titres se déroulent d’une manière très, très, attendue. L’album n’apporte ien de nouveau ou de pertinent. Give life back to music, The game of love ou Lose yourself to dance semblent tout droit sorti d’un album des Chic. Giorgio by Moroder est une copie de Veridis quo, Within est un clone de Something about us, ou Instant crush semble être une version molle de Digital loveTouch ou Beyond semblent sorties de Phantom of the paradise de Brian de Palma. Et c’est probablement dû à la collaboration sur l’album de Paul Williams qui a aussi composé la bande originale et joué le principal antagoniste du film de tonton De Palma.

Et c’est tout le souci de R.A.M. : on reconnait parfaitement qui a collaboré sur quel titre et le tout donne une étrange impression de compilation citations musicales sans saveur propre.

Et c’est vraiment dommage en comparaison avec la chiasse créative qui a pris le groupe au début de sa carrière. Que ce soit en tant que duo ou séparément, ces types ont juste marqué l’histoire de la house du milieu des années 2000. Sans être les inventeurs du son french touch, les Daft sont grandement responsables de sa popularisation auprès des médias. Que ce soit avec Revolution 909 ou Da funk sur Homework aux débuts balbutiants du style, lors de son explosion au début des années 2000 avec pratiquement tout l’album Discovery, qui est une pépite du genre, ou encore séparément sur leurs labels respectifs Crydamoure (Guy-Man) et Roulé (Bangalter).

Music sounds better with you, par exemple, c’est Alan Braxe, Benjamin Diamond et Thomas Bangalter :

(youtube.com/watch?v=Hf244LCkkL)

If you give me the love I want, c’est Guy-Man et quelques potes :

(https://www.youtube.com/watch?v=Sj0qWlAtjr8)

Et c’est encore à eux qu’on doit les découvertes de DJ Falcon ou Alan Braxe qui, en 2000 collaborera avec Fred Falke, une autre légende de la french touch pour nous livrer Intro :

(https://www.youtube.com/watch?v=0nS0accElcA)

Mais ça, c’est une autre (très) brève histoire de la musique électronique…

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