La logique des corps

Le tribunal des affaires de sécurité sociale (Tass) de Lons-le-Saunier a reconnu la société Pelizzarri coupable de « faute inexcusable » pour ne pas avoir protégé Serge P., 49 ans, contre le cri strident des cochons et le bruit des machines de la porcherie. Sa surdité avait été reconnue comme maladie professionnelle en 2012. « Je suis très content, ça fait cinq ans que je me bagarre et finalement la justice a reconnu la faute de mon patron », a déclaré M. Personeni. Il a été employé de septembre 2001 à février 2008 dans trois porcheries de la société Pelizzarri dans le Doubs et le Jura. Le tribunal a estimé que l’employeur n’avait pris aucune mesure pour protéger son employé du bruit, mesuré entre 121 et 133 décibels au moment où les cochons sont nourris. D’après la réglementation en vigueur, les employés doivent recevoir des protections lorsqu’une exposition sonore dépasse 85 décibels.

Sources :
https://www.lepoint.fr/insolite/un-operateur-de-porcheries-condamne-pour-le-cri-de-ses-cochons-12-09-2013-1723508_48.php
https://www.francetvinfo.fr/faits-divers/justice-proces/assourdi-par-les-cris-des-cochons-un-homme-fait-condamner-son-employeur_409615.html

Douleur et réaction

Nous sommes mortels. Le corps humain nous envoie des signaux pour nous informer quand ça ne va pas. La douleur devrait engendrer une réaction logique et immédiate : Quelque chose me fait souffrir, je dois m’en occuper en priorité. Quoi de plus important que la santé ?

Durant plus de 6 ans cet employé a été soumis à un environnement très bruyant jusqu’à devenir sourd. Son corps, sa vie, sa responsabilité. Nous sommes les premiers responsables de l’état de notre corps et de notre santé. Pourquoi il n’a pas acheté un casque antibruits à 30 euros pour se protéger ? Il n’est pas question d’accabler davantage cette personne mais faut-il attendre de tomber malade ou souffrir inutilement pour se protéger ?

Oui légalement et pénalement l’entreprise doit veiller à votre santé/sécurité et vous fournir le matériel adéquat pour exercer votre métier MAIS C’EST À VOUS DE PRENDRE SOIN DE VOTRE CORPS à tout moment et dans toute situation.

Cette affaire montre que beaucoup d’employés ne dépenseront pas un euro alors que leur santé est en jeu quand c’est à l’employeur de fournir le matériel et les protéger. J’ai vu des personnes sur des sièges cassés, un accoudoir manquant, le dossier branlant ou l’assise penchée. J’ai vu des personnes bosser avec des souris à boule il y a encore 2 ans et batailler avec pour cliquer au bon endroit. Je vois des gens qui ne s’intéressent pas une seconde à leur vue alors qu’ils passent 8h par jour sur un ordinateur.

Votre corps se fout complètement que vous vous cassiez le dos pour de bonnes ou mauvaises raisons par ignorance/insouciance/inconscience, à cause d’une mauvaise chute, du sport ou d’un job, parce que votre patron est un salaud qui ne veut pas remplacer votre siège ou parce que vous avez trop forcé en soulevant un carton. Une fois que la douleur est là, vous êtes le premier concerné et vous allez vivre avec.

Coûts pour coups

Depuis une dizaine d’années j’utilise mon matériel personnel dans mon environnement professionnel. Au début c’était par plaisir, confort et efficacité puis avec l’expérience j’ai compris que travailler 8h par jour sur un pc en faisant les mêmes gestes, je devais réduire au maximum toute douleur et fatigue (musculaire, visuelle, etc.).

J’ai déjà eu mal à la main, je ne pouvais plus déplacer la souris car ça tirait (syndrome du canal carpien), je devais faire des pauses. L’anecdote peut être risible mais je vous assure que ça fait bizarre. J’ai effectué ma dernière période d’essai sur un pc portable, entre le stress et la tête constamment penchée sur l’écran j’avais la tête lourde, des douleurs cervicales, des tics nerveux (faire craquer les os de mon cou avec un mouvement de tête).

Quand on m’offre un nouveau clavier (soigneusement sélectionné), je préfère l’utiliser au boulot 8h par jour plutôt que 8h par semaine car matériel perso. Mon corps se fout de la logique économique et de la distinction perso/pro, plus j’en prends soin moins il me fait souffrir. Évidemment je ne suis pas en train de dire remplacer tout votre matériel mais de prendre soin et d’être à l’écoute de votre corps. Si vous ressentez de la fatigue ou des douleurs, votre entreprise peut-elle améliorer vos conditions de travail ? Si ce n’est pas le cas, pouvez-vous le faire ?

ASICS

ASICS est l’acronyme de l’expression latine « Anima Sana In Corpore Sano » : Un esprit sain dans un corps sain. Une douleur chronique influence votre moral et votre humeur pouvant mener à une dépression. Une douleur ne doit pas être sous-estimée, dans le cas d’un travail sur ordinateur les causes sont souvent simples à trouver et à corriger : Siège de mauvaise qualité ou mal réglé, reflets dans l’écran ou mauvais réglages (luminosité, lumière bleue), matériel ancien/défaillant, mauvais positionnement et placement (être sous la clim, mettre la souris trop loin, l’écran trop près…), pas assez de pauses pour reposer ses bras/mains/doigts et solliciter ses jambes, etc.

Vous pouvez demander aide et conseils à votre médecin, au service informatique, souvent aussi à vos collègues. Je vous invite à consulter cette brochure de l’INRS, le Wiki de Sebsauvage, ce thread sur l’achat d’un fauteuil de bureau et ces articles sur la position debout (1, 2).

Qui veut voyager loin ménage sa monture.

Déjà 7 avis pertinents dans La logique des corps

  • bendia
    Salut

    Je trouve ton propos très dérangeant pour plein de raison.

    Dans un tel cas, ce n’est pas l’achat d’EPI (qui est le pis-aller de la securité au travail, on lui preferera la protection collective) sur ses deniers personels la solution, c’est l’usage de son droit de retrait.

    Dans tes exemples, les salariés prevenir l’employeur et cesser de bosser, pas rapporter un siège de la maison.

    Pratiquer autrement, c’est Uber, c’est Deliveroo, c’est faire porter au travailleur l’intégralité des charges et de la sécurité sur les travailleurs.

    Le problème, c’est que notre cadre légal ne va pas dans ce sens en ce moment, on va donc à mon avis vers plus de cas comme ça, parce que le casque à 30€ n’est peut-être pas à la porté de la personne en question, pas la solution (protection collective en priorité).

  • bendia
    Désolé, tellement choqué par l’article que je n’ai pas attendu d’être devant un vrai clavier pour réagir :/

    Donc, dans ce cas, les salariés doivent prévenir leur employeur qu’une situation est dangereuse, et se retirer de cette situation (user de leur droit de retrait), donc, ne pas réaliser la tâche mettant en péril de manière grave et imminente leur santé. Et C’est effectivement une définition du droit du travail, mais là n’est pas le problème que m’a posé la lecture de ton article. Tu peux parfaitement écouter ton corps et user de ce droit de retrait plutôt que d’acheter toi même tes EPI (désolé pour les acronymes non définis effectivement ;) ). Cet exemple aurait servi tout autant ton propos, sans laisser à penser qu’il te paraît normal qu’un salarié ait à acheter soi même ses EPI.

    La phrase suivante correspond à l’autre remarque de nikaro sur le JDH ( je découvre ses commentaires, n’étant pas lecteur habituel du JDH), 30€, tu peux te dire que ça n’est pas grand chose, je crois que ça n’est pas vrai pour tout le monde, il y a beaucoup de « travailleurs pauvres » et donc pourtant payer au SMIC horaire.

    Nous sommes effectivement deux à réagir plus ou moins de la même façon, peut-être que la manière dont est écrit l’article amène à cette lecture ? Pour ma part, je ne crois pas que ça soit une lecture plus axé sur le droit du travail, c’est juste que ton exemple n’est pas le bon, et tu dois le tordre de manière grotesque pour le raccrocher à ton propos.

  • bendia
    Désolé que cela te touche, et je prend bonne note que ce que j’ai lu n’était pas ce que tu voulais dire :)

    « Durant plus de 6 ans cet employé a été soumis à un environnement très bruyant jusqu’à devenir sourd. Son corps, sa vie, sa responsabilité. Nous sommes les premiers responsables de l’état de notre corps et de notre santé. Pourquoi il n’a pas acheté un casque antibruits à 30 euros pour se protéger ? Il n’est pas question d’accabler davantage cette personne mais faut-il attendre de tomber malade ou souffrir inutilement pour se protéger ?

    Oui légalement et pénalement l’entreprise doit veiller à votre santé/sécurité et vous fournir le matériel adéquat pour exercer votre métier MAIS C’EST À VOUS DE PRENDRE SOIN DE VOTRE CORPS à tout moment et dans toute situation. »

    C’est l’extrait qui me chiffonne, et je n’arrive pas à lire autre chose que: « c’est entièrement de sa faute, il n’avait qu’à s’équiper lui même puisque son employeur qui en a l’obligation ne le fait pas » ? Je vais même plus loin, le seul endroit où tu cites la responsabilité de l’employeur, c’est pour dire « oui mais ». Un exemple de l’utilisation de cette tournure de phrase : « Oui, il ne faut pas mettre la main aux fesses des femmes, mais elles n’ont qu’à s’habiller de manière moins provocante ! » (je ne te prête en aucun cas ces propos hein, soyons clair, c’est juste pour montrer le problème avec cette tournure et comment je la lis ;) ).

    A l’exception de trois mots ou tu parles de sport, le reste ne parle que de santé dans le cadre du travail, c’est pour cela que ne transparaît pas à mon avis le fond du propos. Dans un cadre personnel comme le sport, je suis entièrement d’accord que tu es à 100% responsable de ta santé. Dans un cadre professionnel, je suis entièrement d’accord qu’il ne faut pas laisser perdurer des situations dangereuses, donc, écouter les signaux de son corps, mais encore une fois, dans ce cadre, la solution à mettre en avant à mon avis est de ne pas faire plutôt que de se débrouiller pour pouvoir faire sans impliquer son employeur.

    Cette histoire me touche effectivement parce-que j’ai subi plus ou moins le même sort, en me mettant en danger au travail (en ce qui me concerne, c’était plutôt des risques de chute, donc, tant qu’on ne tombe pas, il n’y a rien d’irréversible comme dans ton exemple, et je ne suis pas tombé). Prendre la décision de discuter du problème, puis, de perdre son emploi lorsqu’on t’a signifier que ça serait comme ça et pas autrement, c’est long, et ç’a m’a cassé pendant plusieurs mois à me dire que c’était ma faute et que j’étais un « bon à rien »avant de me rendre compte que j’avais fait le bon choix.

    Donc, effectivement, à l’époque, ça m’aurait probablement aider de lire quelqu’un qui présente l’aspect protection institutionnelle et collective plutôt que la responsabilité individuelle. Je bosse à présent dans une boite nettement plus impliqué sur le sujet. On arrive cependant à la limite lorsque la plupart des problème matériels sont résolus. Ce qu’il reste comme accidents vient de notre comportement, en particulier de notre « jugement du risque ». On sait bien nous le faire remarquer, en oubliant qu’on nous laisse de moins en moins de temps pour juger, ou qu’on peut légalement nous mettre en situation de privation de sommeil assez peu propice à une bonne évaluation des risques (je peux en effet bosser du vendredi soir au lundi matin sans période suffisamment longue pour dormir convenablement tant que mon temps d’intervention ne dépasse pas 12h sur cette période). Donc, là encore, on pointe à nouveau le comportement individuel alors qu’il s’agit plus d’un problème d’organisation collective.

    J’espère avoir suffisamment argumenter pour expliquer comment j’arrive à cette interprétation.

    Sinon, sur ce que tu expliques avoir voulu exprimer, je suis entièrement d’accord, il faut écouter son corps, c’est un capteur assez formidable et on en a qu’un :)

  • bendia
    Merci aussi pour ta patience, et pour m’avoir fait analyser plus profondément ce qu’avait déclenché ces émotions à la lecture de ton article :-)

    Autre remarque n’ayant pas forcement à voir : je n’aurais peut-être pas réagi de la sorte en ayant lu vos échanges de commentaires avec nikaro sur le JDH. Je n’ai qu’a en devenir lecteur régulier me diras-tu, mais ça met en lumière l’intérêt des moteur de blog fédérés genre Plume, où il est possible de commenter depuis différents réseau.

    Je ne sais pas si un tel mécanisme est adaptable à WordPress cependant, mais ça me semblerait intéressant comme mécanisme.

Laisser un commentaire

indique des champs obligatoire.