Sortir des réseaux sociaux

J’avais établi une stratégie personnelle de présence sur les réseaux sociaux en début d’année. Le but : reprendre le contrôle de mon attention et de ma concentration vampirisées par une certaine façon d’utiliser internet.

Au final, j’ai fermé mon compte Twitter.

Même en appliquant une politique filtrante assez poussée, je n’étais pas satisfait du résultat. Il faut alors en tirer la conclusion que le réseau social tel qu’il existe aujourd’hui ne me convient pas.

  • Bien que permettant la communication et l’échange des idées, il n’est en rien question de sociabilité sur ces plateformes. Par sociabilité, j’entends par là la capacité d’un groupe d’individus à évoluer en société. Or point de « vivre ensemble »‘ quand tous opèrent en meutes. Meutes anonymes, officielles ou autoproclamées responsables selon leur charge professionnelle, universitaire ou élective.
  • Aucun dialogue possible. Il faut se mettre d’accord par ce que nous entendons par dialogue. Est-ce convaincre l’autre et le convertir à mon avis ? Dialoguer n’est pas convaincre de faire comme je veux ou comme je pense. Dialoguer, c’est co-construire une situation nouvelle où chacun amène quelque chose, ce qui crée un nouveau scénario ou une nouvelle situation. Impossible sur les réseaux sociaux, très dure dans la vraie vie.
  • Une qualité de l’information très pauvre et redondante agrémentée de commentaires aussi inutiles que médiocres : pour répondre à des soubresauts de l’actualité ou à des questions économiques (dans le registre de l’économie politique), le réseau social n’est pas le bon format. Par le jeu des commentaires réduits en caractères, il réduit même la pensée des utilisateurs. Certains tentent d’utiliser des threads, des fils de réponses, qui trouveraient plutôt leur place dans un billet de blog ou un article de journal. Dommage. Pour terminer, la qualité de leurs réponses est noyée par l’océan permanent de banalités et de bêtise.

Je crois beaucoup en la décroissance informationnelle (en réponse à l’infobésité donc). Elle libère l’esprit des surcharges inutiles pour mieux se concentrer sur ce qui compte, être en capacité de mobiliser des ressources intellectuelles ensevelies jusqu’alors et de retrouver de l’empathie avec son entourage familiale, professionnelle et son voisinage.

Depuis la fermeture de mon compte, je crois pouvoir dire que j’ai récupéré du temps de cerveau disponible pour ma famille et du temps de concentration pour mon travail, travail qui consistera en partie à la rentrée prochaine à rencontrer des collégiens et des collégiennes pour leur donner deux-trois notions de culture numérique à travers des ateliers pédagogiques. Ces ateliers aborderont la gestion de l’identité virtuelle, des données personnelles sur internet et de la question des fake news en ligne.

On m’a dit qu’il y avait du boulot de ce côté là, je n’en doute pas une seule seconde.

 

Déjà 4 avis pertinents dans Sortir des réseaux sociaux

  • karnotus
    Bonjour.
    J’écris ce commentaire pour deux raisons.
    Premièrement, pour signaler ma présence afin de vous encourager à continuer de publier des billets tels que celui-ci. Je me rends compte que je passe trop souvent sur des blogs que je trouve intéressants sans encourager leur auteur(e).
    Deuxièmement, pour vous dire que je rencontre le même questionnement concernant les réseaux sociaux (je quitte Facebook régulièrement tellement je suis déçu par la pauvreté des échanges et par le comportement des GAFAM). Chaque fois que je quitte Facebook, je ressens comme une puissante respiration après une longue apnée. Je pense que les échanges peuvent être constructifs sur des plateformes autogérées (comme les blogs par exemple) traitant de thématiques précises (la généralisation des échanges sur les réseaux sociaux ne sont – à mon avis – pas favorable à des interactions constructives).
  • Je pense que les réseaux sociaux transportent le mal de l’humanité (mais pas que !), ce même mal que des rencontres, des soirées ou des dîners mettent tout aussi bien en avant. Pour autant, les réseaux sociaux et les dîners sont-ils à fuir ?

    L’immonde gestion des données personnelles des plus grands m’a invité à fuir ces réseaux. Mais je suis revenu il y a quelques semaines sur Twitter.
    Comme aux dîners : le contenu dépend très largement des invités, et on peut y trouver des choses édifiantes.
    Je vois parfois, en dehors de ma timeline, ces commentaires et tweets qui clairement fondent votre vision de la chose. Mais heureusement, il y a tout un autre monde.

    Pour ma part, suivre l’actualité aéronautique est beaucoup plus simple, pratique, rapide et souvent même plus intelligent sur Twitter que par d’autres canaux, parce qu’il y a de très bons participants.
    Pour les autres actualités tel que l’IT ou la politique : même les comptes officiels de ceux dont le nom est connu s’avèrent très souvent vides. Mais à cet égard, et j’ai surtout le monde de l’IT en tête, ça ne dépend pas tellement des réseaux sociaux mais plus de deux choses :
    – Du besoin de créer du contenu, de se mettre en valeur en pourrissant le monde de savoirs tout à fait simplistes et déjà mille fois expliqués.
    – De l’envie mal construite d’échanger, quand en fait, comme vous le soulignez avec des mots très justes, l’échange et le débat trouvent rarement leur place. D’ailleurs y ont-ils vraiment une place ? Je ne pense pas.

    J’ai une vision plus complexe de la chose mais je n’ai pas envie de dédier 30 minutes à ce commentaire, vous me pardonnerez. Pour rester simpliste, je crois que les réseaux sociaux n’ont que le rôle de tisser des liens (et s’en servir à des fins économiques).

    Internet est devenu un outil à la portée de tous, et personne n’a les mêmes valeurs. J’accuse les réseaux sociaux de bien des maux, mais dans aucun des faits que je leur reproche les réseaux sociaux sont seuls coupables de tout.

    En bref, le contenu dépend des liens qu’on tisse avec d’autres membres. On peut accuser un outil de simplifier le mal, ses concepteurs d’en être en partie responsable, mais je pense que le problème est ailleurs. L’offre suit la demande, après tout.

    Avant de vous quitter, j’aimerais revenir sur deux-trois choses que vous dites.
    « il n’est en rien question de sociabilité sur ces plateformes. Par sociabilité, j’entends par là la capacité d’un groupe d’individus à évoluer en société. Or point de « vivre ensemble »‘ quand tous opèrent en meutes. »
    Je ne pense pas que la sociabilité mène réellement à « l’évolution ». La définition de Larousse semble aller dans ce sens.
    Je pense aussi que le « vivre ensemble » ne tient pas de la sociabilité, même si j’entends que vous aspiriez (peut-être avec utopie ?) à un respect global, une humilité forçant à écouter ou partager plutôt qu’à vouloir convaincre et briller. Finalement pour ma part, j’ai décidé de retourner sur Twitter en choisissant ma « meute », celle qui partage comme j’aime partager. Autrement dit, en choisissant qui je voulais lire, simplement.

    « Aucun dialogue possible. Dialoguer, c’est co-construire une situation nouvelle où chacun amène quelque chose, ce qui crée un nouveau scénario ou une nouvelle situation. »
    Votre définition est ici votre utopie (celle dont je rêve, aussi) mais n’est pas la définition du mot lui-même.
    Mais encore, cela dépend des personnes avec qui vous engagez un dialogue. Je n’ai pas pour ma part rencontré cela sur Twitter, en tous cas depuis des années. Alors, de là à dire que c’est le réseau social qui mène à ces mauvais débats… Peut-être qu’elle ne l’incite pas assez à votre goût, mais je crois qu’un réseau social a la volonté de tisser des liens, pas d’en faire des bons selon une idéologie bien définie.
    Même les réseaux sociaux qui s’engagent sur cette voie, Quora par exemple, finissent avec les mêmes personnages ayant raison sur tout sans aucune expertise ni même aucune lecture. Comment faire ? Je ne sais pas. Est-ce la faute des réseaux sociaux ? Je ne pense pas.

    « Par le jeu des commentaires réduits en caractères, il réduit même la pensée des utilisateurs. »
    Vous devriez lire quelques poésies ou quelques haikus ! Haha, je ne doute pas une seconde que vous ayez déjà emprunté cette lecture, mais j’aime souligner que ce qui est réduit n’est pas forcément plus petit. ;)
    Et puis encore, les gens écrivent ce qu’ils pensent, et je ne suis pas convaincu que plus de caractères changerait grand chose. Facebook le démontre très bien.

    C’est tout pour moi, c’est un sujet intéressant mais aussi très profond. Je ne me crois pas assez sage pour détenir la vérité, mais je pense qu’il faut fuir les généralités et tenter de définir les vrais coupables de ce qu’on accuse.
    En tous cas je suis votre blog depuis un petit bout de temps, et vous lire s’est souvent avéré agréable. Je vous souhaite une belle continuation, sur votre blog et ailleurs !

  • nzo
    Le pouvoir en place casse les liens sociaux (famille, couple, syndicat, nation…) pour pouvoir mieux vous les revendre sous forme de services…ouvrez les yeux !

    En communauté, vous n’êtes pas seul, vous pouvez vous défendre. Seul face à votre clavier, vous resterez fragile et faible.

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