Perso : 18 mois dans mon nouveau job

18 mois que je suis sysadmin Linux, j’ai passé le cap, fait mes preuves. L’heure du bilan, raccrocher les wagons pour que vous compreniez mon état d’esprit du moment.

Paradis

Chaque expérience est précieuse mais quand on quitte un emploi, c’est généralement pour trouver mieux. J’ai 36 ans, 12 années dans l’informatique dans 5 entreprises différentes et je doute trouver un meilleur job un jour.

Mon paradis n’est pas le vôtre : Je gagne nettement moins de 3000 euros par mois mais je fais ce que j’aime, je (me) suis bien entouré, je vois mon gosse, mon job n’est plus ma vie.

J’ai fait des choix, j’ai assumé qui j’étais et ce que je voulais devenir :

  • J’ai quitté un salaire mensuel dans la fourchette haute de ma profession, 13 mois et demi de salaire, bonne mutuelle, tickets restau, chèques vacances, chèques cadhoc, CE, 12 jours enfant malade par an, des horaires tranquilles (08h00-16h30) en cumulant régulièrement 2 jours de RTT par mois supplémentaires, peu de stress, reconnu et apprécié, pas d’astreinte ni de boulot le week-end
  • J’ai perdu tous les « avantages » : Le mois et demi de salaire supplémentaire, tickets restau, chèques vacances, chèques cadhoc, CE, 12 jours enfant malade par an, les RTT. J’ai perdu en gros 300 euros net sur mon salaire mensuel
  • J’ai gagné : Télétravail, management horizontal, adieu Windows, bonjour Linux, vivre en accord avec mes valeurs, de la confiance (être reconnu < être apprécié < obtenir la confiance des gens), être bien dans mes pompes
  • Regrets : Les RTT. Avoir du temps est un luxe que peu peuvent se permettre

Et alors l’enfer ? Un peu chaud sinon ça va. Perso plus je tombe bas, plus je rebondis haut. Là j’ai frôlé le burn-out.

Périmètre et missions

Par ordre d’importance :

  • Déplacement en datacenter : Je contrôle et racke les nouveaux serveurs, je change/ajoute SSD/HDD/RAM, je shred les disques, je gère le stock y compris renvoyer le matériel défectueux
  • Installation des nouveaux serveurs : Dédiés, mutualisés, VPS, infra
  • Compilation : Langages (PHP, Python, Node.js…), bases de données (MariaDB, PostgreSQL…), outils pour l’infra (kernel, rsyslog, spamassassin…)
  • Déploiement et mises à jour : MAJ kernel, MAJ outils maison, MAJ version de bases de données, upgrade…
  • Projets : Mise en place d’un CDN, centralisation des logs…
  • Check des sauvegardes et des logs
  • Chasse aux pénibles : Je patrouille sur quelques serveurs à la recherche de comptes qui font du phishing, DDoS, piratage, minage…
  • Peu de support : Du Niveau 2 car ça tombe dans mon périmètre (problème matériel, MAJ version BDD, nouveau rôle sur un dédié/VPS, demande client hype…) et je bosse pas mal avec mon collègue du support Niveau 1 où nous sommes complémentaires (périmètres qui se croisent également)
  • Quelques tâches d’administration (nettoyage, optimisation)

Nous ne sommes pas enfermés dans des cases bien que nous ayons chacun des rôles définis. Si je veux prendre un sujet à ma charge parce qu’il m’intéresse par exemple : Fais toi plaisir !

Dans le détail

3 jours sur 5 je suis en chausson chez moi. On est passé en full-remote (télétravail complet) depuis novembre, on n’a plus de bureau. Le télétravail est un confort, pour certains un luxe. Perso je ne suis pas fan, j’ai tendance à déprimer après quelques jours à ne pas sortir. J’ai demandé à pouvoir bosser en coworking, en général 2 jours par semaine je suis en déplacement en datacenter et/ou en coworking. Je commence à trouver le bon équilibre.

Je suis dans une petite entreprise, on a sensiblement le même âge, les mêmes références niveau culture et délires, il y a du respect et de la confiance, pas de deadline ça sort quand c’est prêt. La belle vie. Bosser avec des gens biens, que j’apprécie et qui ont de grosses connaissances/expériences.

On ne m’a jamais dit non pour poser un jour (y compris pour le lendemain), je prends mes congés quand je veux (un luxe), je débute à 9h après avoir emmené mon gosse à l’école, j’ai pas d’astreinte, souplesse sur les horaires (rdv le soir, une course à faire), compréhension des problèmes de tous les jours (au mois de janvier j’ai dû être absent environ 8 jours : Malade, enfant malade).

J’organise mon temps et mes tâches en toute autonomie. J’essaie de regrouper mes interventions en datacenter, je priorise. Je dois bosser en moyenne 7h30 par jour et prendre 45 mn pour manger.

Le stress a quasiment disparu de ma vie (je pense qu’une petite dose de stress/peur est salvatrice lorsqu’on bosse sur des serveurs en prod, on évite le fail en s’assurant bien de ce qu’on fait). On ne me donne pas d’ordres, c’est plus proche de consignes, de tâches qui me sont attribuées. On est dans la coopération, le travail en bonne intelligence. J’ai fait des erreurs, on en parle, on ne le reproche pas, on réfléchit collectivement pour que ça ne se reproduise pas (Wiki, explication, sources d’amélioration).

Dans mon précédent job je commençais à 8h00 au bureau. Parfois j’étais en bad car je ne voyais mon fils que le soir (parti au boulot avant qu’il se lève). Un détail, le genre qu’on apprécie avec l’âge.

Je passe ma journée sur des serveurs Debian, on utilise que des logiciels libres, je suis sur Mint en poste de travail, pas mal d’outils maison à prendre en main.

J’ai plus de temps, je suis plus à la cool, je prends confiance.

J’ai eu mon entretien annuel début janvier : Augmentation, prime exceptionnelle, surtout ils m’ont renouvelé leur confiance et passé responsable datacenter.

Je fais ce que j’aime, je suis payé pour, dans le bon environnement (collègues, valeurs de la société, façon de traiter les employés). Je vous souhaite sincèrement de connaître ça un jour, c’est tellement mieux que toutes les expériences professionnelles que j’ai eu.

Progression

J’ai progressé sur tous les points de mon périmètre. J’ai beaucoup appris par moi-même, en lisant, en faisant de la veille. Là je comprends (enfin et mieux) parce que je pratique. Je commence à bien gérer, pour autant c’est loin d’être carré. Je vais mettre mon grain de sel, être force de proposition et vu la liberté qui m’est accordée clairement faire à ma sauce et marquer de mon empreinte.

Mes penchants naturels n’ont pas beaucoup changé : Ligne de commandes, Bash, scripting, « bas niveau » (matériel, compréhension/utilisation de Linux), les trucs haut niveau ne m’ont jamais vraiment intéressés il est fort probable que je ne vous parle jamais de haute dispo, redondance de ouf… par contre on parlera Architecture. J’ai partagé assez peu des connaissances que j’ai accumulé : 1/ J’attends en général plusieurs mois avant de parler d’une solution afin de l’éprouver 2/ Je suis pas vraiment quelqu’un de pressé 3/ Je laisse s’accumuler les connaissances, je contrôle et cherche mieux puis je trie/range 4/ Ça viendra ensuite (en théorie)

La différence fondamentale avec un autre job est la grande liberté/autonomie/confiance qu’on me donne. Mes trois plus grosses missions sont vouées à rester mais plus je monterai en compétence, plus je les ferai vite et bien, me laissant plus de temps pour les trucs plus fun comme les projets, tester de nouveaux outils, sortir des alias/scripts. J’ai déjà joué avec beaucoup de choses : Les tools bcc, ipmitool, les outils pour stresser le matériel, chrony, les compilations, rsyslog, dmidecode, dnsdist…

Être et avoir

Niveau boulot je suis un peu tout en haut de la montagne mais la vie est plus vaste.

Quand je m’ennuie, je déprime et tourne en rond. Je m’ennuie assez souvent, trop de tâches récurrentes. Le jour viendra où je m’ennuierai trop… je partirai comme à chaque fois. Ceci étant dit je ne pense pas que ça arrivera avant plusieurs années, j’ai encore tout à disséquer du fonctionnement de Linux et du Libre.

Quand le boulot va, on essaie d’améliorer son quotidien. Le grand objectif de cette année est de déménager, probablement en achetant. Acheter revient à parler de l’avenir, avoir des certitudes sur son travail, son salaire, l’endroit où on veut vivre et élever ses enfants. Des certitudes que je n’ai pas mais pire encore que je ne veux pas avoir. Je veux rester libre de mes choix, de mes envies, de mes erreurs, d’être moi-même.

Le monde change, qui sait comment il sera dans 20 ans, qui sait qui nous serons dans 20 ans ?

Déjà 7 avis pertinents dans Perso : 18 mois dans mon nouveau job

  • Sébastien
    J’aime beaucoup la conclusion. C’est pour ça que j’ai moi aussi beaucoup bougé, pas mal changé de boîte, et que je suis resté locataire. Prêt à partir n’importe quand.
    J’ai gagné un confort de travail moi aussi il y a 4 ans, je vois mes enfants plus longtemps, mon épouse, mon chez moi. Ca n’a pas de prix
  • Fipaddict
    Joli témoignage du chemin parcouru…. Et ce n’est pas fini, c’est en tout cas ce que l’on peut te souhaiter ;-)
  • Gibbon
    Chaque fois que je lis un post de ce type, je me dis qu’il va vraiment falloir que je change de taf, mais je ne sais pas par où commencer pour être honnête. Je me suis fait à l’idée que je serai moins payé (c’est une réalité).

    Mais quand tu veux pas travailler ni avec ni pour des enfoirés, les choix sont hyper limités…

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