Financer le logiciel libre

J’ai recroisé ce strip il y a quelques jours. Je crois qu’il illustre bien l’idée que certains peuvent avoir des logiciels libres et open source.

Je vous invite à visionner cette vidéo de Shaft à Pas Sage En Seine. Je voulais souligner deux points :

  • Shaft interroge la salle : Qui utilise Firefox ? Tout le monde. Shaft demande (13:50) : Qui a lu la politique de vie privée de Firefox ? Personne
  • Le chiffre d’affaires de Mozilla en 2016 est de 520 millions de dollars dont 503 millions de dollars de royalties (paiement des moteurs de recherche pour apparaître dans Firefox, le gros venant de Google, moteur par défaut dans à peu près tous les pays), le développement des logiciels coûte 225 millions de dollars par an, les dons sont de 5,4 millions de dollars

Je me souviens avoir pensé, candide, que autant de personnes brillantes à travers le monde allaient trouver une solution au problème du financement du logiciel libre. Collectivement nous n’en avons jamais trouvé. Les sources de revenu pour le logiciel libre sont en général le don (ridicule la majorité du temps, pour ne pas dire indécent), les contrats de maintenance, le développement et le conseil. Red Hat champion de l’open source a un CA de 2,4 milliards de dollars en 2017 quand Alphabet est à 110,9 milliards de dollars.

Firefox arrive grosso modo à tenir techniquement face à Chrome mais il faut payer des développeurs pour ça. Chez Mozilla 225 millions de dollars par an pour le développement des logiciels, je vais être sympa on va arrondir à 100 millions. Comment on fait pour trouver cette somme ?

On fait pas. On ne sait pas faire. Personnellement ça ne me gêne pas de reconnaître un fail, ce qui me gêne c’est de le cacher sous le tapis comme si il n’y avait pas de problème. À la place on va souligner les manquements de Mozilla à la vie privée, à ses promesses, ses erreurs techniques. Si Mozilla avait 300 millions de dons par an, son fonctionnement serait certainement différent.

La question centrale du financement du logiciel libre n’ayant jamais trouvé de réponse satisfaisante, les logiciels libres butent contre un plafond de verre indépassable. Pour aller plus loin, faire mieux ou plus vite, il faut des moyens. Ironiquement alors que Mozilla devait protéger notre vie privée, il doit pactiser avec Google afin de pouvoir survivre et financer sa mission. Le serpent qui se mord la queue.

Payer un audit de sécurité, des serveurs, le réseau, l’électricité, des gens coûtent de l’argent. Les communautés du Libre se voilent la face sur le manque de moyens, nous sommes capables de proposer des solutions techniques mais pas de réelles alternatives, nous n’en avons pas les moyens. Pire nous avons abandonné la recherche de solutions, intégré comme normal ce manque de moyens.

Pour information la campagne de dons de Wikipédia pour l’année fiscale 2016-2017 a rapporté 91 millions de dollars. Alors que l’encyclopédie libre est probablement la plus grande réussite de partage du savoir, ce qu’on entend le plus dans les communautés du Libre est la gêne énorme suscitée par le bandeau pour réclamer des dons.

Ce que nous faisons très bien, c’est raconter ce qu’on voudrait entendre

Déjà 3 avis pertinents dans Financer le logiciel libre

  • Je vois passer le même genre de réactions chez les créateurs/artistes (illustrations, écriture, BD, etc.), alors que, pourtant, les solutions existent: micro-dons (Flattr, Liberapay), mécénat (Patreon, Tipeee, Ko-fi) ou financement participatif (Kickstarter, Ulule et un million d’autres). Il y a même au moins un (Liberapay) qui est open-source.

    Encore que chez les artistes, les choses sont en train d’évoluer, grâce notamment à Tipeee. Mais, là encore, il manque un vrai processus “d’évangélisation” pour inciter les gens à participer et à donner. Il y a effectivement une vraie réticence à – comme cela semble perçu par beaucoup – “faire la manche”. À ce sujet, lire “The Art of Asking”, d’Amanda Palmer.

  • Intervention très synthétique qui regroupe tout ce que j’ai pu raconter dans mon blog. Oui, Firefox est le pire des navigateurs à l’exception de tous les autres.

    Et oui, il ne peut pas y avoir de logiciel libre sans entreprise privée qui le co-finance. Même Debian ! ;+)

Laisser un commentaire

indique des champs obligatoire.