Marche ou crève

Il y a une certaine honte à parler de burn-out (ou de bore-out), une chape de plomb. Pour certains ça revient à avouer une faute, une faille en soi. On est honteux de cela, on n’a pas été à la hauteur. J’ai vu des gens très intelligents trébucher, tomber. Zythom en a très bien parlé, Genma est en plein dedans, Jérôme Petazzoni a fait un récap. J’aime beaucoup la conclusion de Zythom : “Je ne suis ni un héros, ni un zéro. Je fais de mon mieux. Et parfois, ce n’est pas terrible”.

Je ressens une grosse fatigue que je traîne depuis 2 ans maintenant et que j’ai décidé d’assumer.

Ça a commencé avec la naissance de mon fils, ce qui devait être une fête a été un évènement manqué. Je comptais sur mon congé de paternité (11 jours calendaires), tout était prévu. Malheureusement mon supérieur de l’époque est parti en burn-out alors qu’on était dans une grosse période au boulot. Niveau technique (serveurs, postes de travail, demandes des utilisateurs) il ne restait donc que moi… La DRH m’a dit : “À vous de voir, on ne vous le reprochera pas”. Je ne me voyais pas laisser le service et l’entreprise dans la merde pendant 2 semaines… boulot boulot. J’ai pris mes 11 jours calendaires deux mois plus tard mais c’était pas pareil. Certaines blessures restent coincées au fond de la gorge. J’ai fait un choix, la vie m’a forcé à en faire un, pas de bol. Je ne me voyais pas laisser tomber le service, l’entreprise et que mon chef paye l’addition. Je ne lui en veux pas du tout, ça arrive, personne n’est invincible.

Je me souviens clairement avoir identifié que j’étais heureux fin 2016. Je crois que chaque individu a une définition différente du bonheur, pour moi c’est un ciel bleu, aucun problème à l’horizon, tout va bien, tous les proches vont bien. Pour résumer l’absence totale de soucis. Quand on devient parent, une chose colossale change, on a d’un coup beaucoup plus de responsabilités. Je dépérissais au boulot, je m’ennuyais mais j’étais incapable de prendre la décision de perdre tout le confort de ce job pour aller risquer d’en trouver un autre où je m’épanouirai. Mes parents ainsi que Madame étaient contre le fait que je parte, j’avais tous les avantages qu’on puisse avoir. Pourtant moi ça n’allait pas, être et avoir.

J’ai passé quelques jours avec A1. Il m’a tendu un miroir, nos échanges ont résonné en moi, appuyé sur ce qui n’allait pas. J’ai pris la décision de quitter mon ancien job, je n’ai pas de regrets aujourd’hui (enfin si les deux jours de RTT par mois ha ha ha). C’était un nouveau départ, passer de sysadmin Windows à sysadmin Linux. Je me suis mis la pression parce que ne pas suivre les remarques des proches est une chose mais il faut assumer et assurer derrière. J’ai assumé et assuré mais je suis à genoux. Fatigué, épuisé.

Je ressens une accumulation, une dette envers moi-même de choses que j’aurais voulu faire, que j’aurais dû faire.

La seule solution est de prendre soin de soi, prendre le temps, prendre son temps. Mais comment ? Lever le pied signifie ne plus avoir un salaire complet donc des soucis d’argent. Se faire arrêter est honteux, on est catalogué “burn-out” et puis c’est qu’il est déjà trop tard.

J’ai pris des journées sans solde car je n’ai plus de CP. L’erreur fondamentale est de croire que ça va aller, qu’on peut tirer sur la corde indéfiniment. On a tous des limites mentales et physiques. Je parle souvent de respect, confiance, responsabilité. J’assume mes limites, mes faiblesses, mes failles.

J’ai besoin et envie de petites choses de rien qui sont l’essentiel. Je veux avoir suffisamment d’énergie pour passer du temps avec mon gosse, vivre ce moment comme un plaisir pas une charge supplémentaire. C’est terrible de dire ça, c’est pourtant bien le malaise de cette société où on doit tellement courir que les bonheurs/plaisirs qui nous restent ressemblent à des contraintes.

La pause s’impose. Il est urgent de s’occuper de soi, se faire plaisir. Personne ne le fera pour vous, à votre place. La société au contraire vous poussera toujours à courir davantage. Il faut trouver cet équilibre subtil entre ce qu’on est, ce qu’on a, ce qu’on veut devenir et avoir. Ainsi que le bon rythme.

Déjà 8 avis pertinents dans Marche ou crève

  • anatolem
    Je voulais te dire une chose mais tes deux dernières lignes résument tout, je pense qu’il faut quand même savoir dire “Stop” avant qu’il soit trop tard, mais encore faut-il connaître ses limites :)
    Prends soin de toi et de ta famille, parfois il ne faut pas grand chose pour être heureux.
    A pluche.
  • Salut
    Oui, comme dit Anatolem, il faut toujours savoir se ménager des pauses, des moments où l’on dit stop et pas seulement pour être à la maison où l’on est vite rattrapé par les problèmes mais juste pour soi. Je crains en effet que le JDH et le Blog libre ne te rapproche trop du boulot parfois… Je pense qu’on est plusieurs à avoir connu des moments difficiles, tant au boulot qu’avec la famille, la maladie. On fait des erreurs, on en apprend, on se relève. L’important c’est aussi de ne pas rompre le dialogue avec ses proches, qui même s’ils sont aussi la cause de problèmes, restent des soutiens.
    Je te souhaites le meilleur et de retrouver cette sérénité pour la suite.
  • jack84
    Bonjour à tous
    Salut #Cascador j’ai souvenir d’un moment qui t’a été difficile en novembre 2017 (https://www.blog-libre.org/2017/11/15/perso-la-lumiere-sest-eteinte/). Heureusement le proverbe «  après la pluie vient le beau temps » c’est confirmé car s’était une fausse alerte.
    Aujourd’hui un nouveau creux de vague arrive parce que comme toutes les personnes sensées tu te poses des questions et donc tu as des inquiétudes. Ce même cerveau qui se pose des questions trouvera les bonnes solutions j’en suis certain.
    + 1 avec les deux avis qui me précèdent.
  • Merci pour cet article qui – coïncidence du calendrier – rejoint en filigrane celui que je viens de publier sur mon blog. En te lisant Cascador, je note un seul point commun qu’est la difficulté de se sortir de la dépression (dont fait partie le burn out et le bore out) puis de s’en relever la tête haute, repartir sur un droit chemin duquel on s’est écarté. C’est quand on se demande “pourquoi” qu’il est déjà un peu trop tard, on a déjà les pieds et poings liés dans la matrice. S’en délivrer demande un effort profond, venant des tripes et de la volonté de pas finir à l’hosto (au mieux). Trouver ce juste équilibre, facile à dire, difficile à obtenir. Mais à force de persévérer avec ses propres valeurs sans laisser les autres décider pour soi on parvient à grappiller ces quelques victoires qui au bout font de grands succès personnels. A+
  • Pierre
    J’ajouterais à tout ceci qu’il n’y a que les personnes qui s’impliquent dans leur travail qui sont susceptibles de faire un burn-out et les personnes qui s’investissent dans leur boulot sont toujours de bons éléments. Faut pas avoir honte d’être bon, mais il faut apprendre à se ménager!
  • Déjà, faut bien différencier “burn-out” qui est une notion que la “société” comment à reconnaître comme maladie professionnelle (sans pour autant faire en sorte de la guérir ou d’accompagner les malades) et “bore-out”, qui me touche en ce moment et qui n’est pas lié à l’autre.
    Perso je suis en phase “boulot alimentaire” avec des moments sympas, travail en équipe sans esprit d’équipe, etc. donc du bore-out je pense.
    Cette notion est totalement négative dans notre société.
    Bon courage à toi.
    Le truc, c’est d’essayer de faire ce qu’on veut, en faisant ce qu’on peut.
    Vie privée ou boulot, c’est pareil…

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