Canard ou lapin ?

Bon alors la question du jour : C’est un canard (duck) ou un lapin (rabbit) ?

Je trouve que c’est un excellent exemple pour démontrer que selon le point de vue de chacun (où on se place pour regarder), on a une vision différente des choses.


J’ai mis environ 9h à écrire l’article Un mot : serveur. De mon point de vue c’est énorme mais j’étais dans une démarche inédite et importante pour moi : Je me suis réapproprié les mots utilisés et j’ai tenté de rejoindre les lecteurs.

Notre impuissance – Les mots finissait sur : « Je m’interroge en tant que blogueur sur notre impuissance à nous faire comprendre par l’autre. Cette impuissance qui fait qu’on s’éloigne alors que les mots devraient nous permettre de nous rapprocher. Je rattache tout cela au fait que je m’exprime sur le net et que j’accepte, même si ça m’est difficile de l’accepter, qu’on ne comprenne pas tout ce que je dis. J’accepte notre impuissance, celle des mots ». Je ne reviens pas dessus mais je me suis battu contre ça et après 9h de bataille, j’estime avoir gagné. La définition que j’ai donné du mot serveur me donne satisfaction (même si à travers les commentaires reçus, on peut encore l’améliorer).

Je tenais à remercier chaleureusement les personnes qui ont participé dans les commentaires de Un mot : serveur, merci ! Je vous invite très chaudement à les lire car au fond mon article était moins important que ce qu’il a permis de réaliser dans les commentaires : Chercher ensemble, être dans une démarche commune pour circonscrire le mot « serveur ».

Il faut bien comprendre que nous ne sommes pas dans le binaire vrai/faux, il n’y a pas une définition « vraie » sur laquelle tout le monde s’entendra et qui de facto exclurait toutes les autres définitions « fausses ». Nous avons des points de vue différents et nous essayons de trouver un consensus. C’est le langage, on essaie de se rapprocher, de converger, de se comprendre. Je vais paraître peut-être fleur bleue mais je trouve ça fantastique. Vraiment.


J’aime beaucoup l’article de A1, je cite quelques extraits avec son accord :

« Faire groupe, c’est se rassembler autour d’un commun. L’autre est toujours « à rejoindre », il n’est jamais proche d’entrée de jeu, sinon par illusion.

S’il est tout à fait normal d’avoir des opinions différentes, en rester là me semble confiner à l’impuissance. En effet, se satisfaire de ces opinions, comme autant de postures différentes, pose la question de l’espace commun. Des postures incompatibles ne serait-ce qu’en partie ne sauraient s’incarner collectivement autrement, au choix, que dans le conflit (« j’ai LA vérité et pas toi ») ou dans le relativisme généralisé (« tu as la tienne, j’ai la mienne, et tout va bien: on fusionne, ou on ne se croise pas »). Par conséquent, ni le conflit ni le relativisme absolu ne me semblent viables. L’un et l’autre nous isolent alors que nous ne sommes et ne devenons nous-mêmes qu’avec l’Autre. Je crois donc important de se placer entre la revendication de détenir « LA vérité » et la tentation de céder au relativisme.

L’alternative qui me semble la plus pertinente, c’est de proposer à chacun d’examiner avec une critique radicale en quoi nos perceptions sont validées/invalidées par ce réel qui nous est extérieur. Il s’agit de le considérer comme toujours trop confus et de le questionner pour travailler à son impossible clarification. Cette démarche est individuelle et intime. L’enjeu n’est ni l’autre ni le rapport à ce dernier, mais bel et bien un rapport critique à soi.

Pour illustrer, imagine, lectrice, lecteur, en 2 dimensions: chacun est un point noir placé sur une feuille de papier blanche. Chacun est à la fois « situé » et « voit son regard orienté » dans une direction précise, ce qui illustre la diversité de nos perspectives, conditionnées par nos points de vue. Quelque part sur la feuille se trouve un objet non circonscrit que chacun, par définition, voit à midi et devant sa porte. Par itération, il s’agit pour chacun de savoir si midi correspond plutôt à 11h59 ou 12h01, et si la porte ne serait pas plutôt la boite aux lettres, ou la clôture du jardin.

Je fais l’hypothèse que de tels mouvements individuels, itérativement répétés, sont un moyen de nous rassembler autour de cet objet afin de le caractériser par ce que nous en percevons et qui ne saurait s’avérer qu’être complémentaire. Nous ne pouvons pas le connaître, ni individuellement ni collectivement, par contre nous le circonscrivons d’autant mieux que nous sommes nombreux à l’entourer. Comme si la nature de l’objet, diffractée autour de lui et insaisissable, était intelligible fragment par fragment.

Les opinions différentes et incompatibles deviennent dès lors une richesse: la convergence asymptotique vers ce même objet entraîne l’émergence d’un vocabulaire commun et d’une démarche cohérente sans être coercitive et sans que quiconque puisse se prévaloir d’être indispensable, quoique chacun puisse aider à des degrés différents. »

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