Échanger

Je parle souvent de respect, confiance, responsabilité. J’ai le défaut dans mes articles de « réflexion » de rester très proche de la théorie et de parler assez peu de la pratique. En ce moment dans mon petit monde libriste ça parle liberté d’expression, réseaux sociaux, modération, respect, bulle et clan. Parlons échange dans la pratique.

Dans la pratique

Prenons un premier exemple : « Tu peux arrêter tes leçons de morale stp, ça gonfle ! » Pour moi il n’y a pas de nécessité de modérer cette phrase même si la personne visée par cette phrase se sentira probablement agressée, pas respectée. Il y aura probablement de l’ego et de la rancœur qui vont venir se greffer à l’échange pourtant et c’est pour cela qu’il n’y aura pas modération, il y aura toujours un échange possible. C’est une vacherie, une petite attaque sale et facile, ça fait pas plaisir mais chacun peut dépasser cela et rester dans l’échange.

Un second exemple : « Tu peux arrêter tes leçons de morale stp et te les mettre dans le cul ! » On est dans le degré supérieur, il n’y a pas réellement d’insultes mais il n’y a plus aucune volonté d’échange, on a décidé de rompre l’échange par des attaques irrespectueuses, des insultes, un foutage de gueule totalement assumé. Il y aura modération car ça va bloquer/empêcher tout échange ultérieur sans elle.

Réactions

Revenons au premier exemple. Est-ce que c’est au propriétaire du blog d’agir ou à la personne visée par la phrase de réagir ? Pour moi c’est évident, c’est à la personne visée de réagir. Elle peut lui retourner une petite phrase assassine, elle peut choisir de ne pas perdre plus de temps, elle peut tenter de réexpliquer ou d’argumenter d’une manière différente, etc. Mais c’est à elle de réagir pas au propriétaire du blog ou au modérateur.

Revenons au second exemple. Le but de la modération dans les commentaires est en général de permettre les échanges, le respect est nécessaire pour ça sinon c’est la foire. Qu’est-ce qu’on fait ? On impose le respect… par la force. La plupart du temps c’est une modération, une suppression du commentaire.

Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup d’imbéciles sur le net qui pensent et qui sont convaincus qu’ils ont absolument le droit de s’exprimer et donc de dire tout ce qu’ils souhaitent dire : insultes, attaques personnelles, menaces, arguments délirants. Absolument personne n’est contraint d’écouter un imbécile. Si on ne vous écoute pas, c’est peut-être simplement parce que vous dites des choses inintéressantes ou complètement stupides. Votre liberté d’expression n’est pas bafouée.

Constructif

Quand on communique avec une autre personne… on communique. Il n’y a absolument aucune notion et obligation d’être constructif. Il y a des tonnes de commentaires qui ne servent à rien. Est-ce que dire bonjour à toutes les personnes qu’on croise le matin sert réellement ? On communique, nous sommes des êtres communicants, c’est ce que nous sommes. Ne pas accepter les commentaires qui ne sont pas constructifs c’est simplement ne pas accepter l’autre, son besoin d’être et de s’exprimer.

La quantité

Ce qui fait fuir des réseaux sociaux en général c’est la quantité : trop d’échanges, trop de sujets, trop d’ego, trop d’attaques, trop besoin de se justifier ou d’argumenter, trop d’heures passées dessus. Pour quel résultat ? C’est tout mon discours sur les outils. On se sert d’un outil dans un but bien précis. Je prends un marteau pour enfoncer un clou. Je ne me sers pas du marteau parce qu’il a une existence dans le monde, je ne me sers pas plus des réseaux sociaux parce qu’ils existent mais parce que j’ai un besoin à assouvir, un but à atteindre. Quel besoin ? Quel but ? C’est là où on commence à réfléchir en terme d’outils, voir parfaitement ce que l’on cherche et où l’on va. La plupart des gens qui ne sont pas sur les réseaux sociaux ou qui les quittent cherchent la qualité (et pas la quantité). Les réseaux sociaux ont de nombreux défauts inhérents à l’outil qui fait chuter la qualité : l’ego des gens, le bruit, un outil pas du tout adapté pour des recherches précises, un outil conçu pour le nombre (beaucoup de personnes) pas pour la finesse (un échange entre deux personnes).

La modération

La modération est un processus effectué par le blogueur/modérateur pour faire respecter chez lui ses règles (dont notamment des règles légales). La modération est personnelle. Un blogueur est responsable de ce qui est dit sur son blog même si ce n’est pas lui qui l’a dit. Pour moi le vrai sens de la modération c’est d’avoir porté des réflexions sur la modération et sur ce qu’on veut voir (et ne pas voir) sur notre blog. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être strict/dur, ça a tout à voir avec la volonté du blogueur d’assumer son espace d’expression, ce qu’il veut faire, les règles à y respecter chez lui. Quelqu’un qui a déjà réfléchi à la modération – qui est donc prêt – saura être juste (et parfois strict). Encore une fois respect, confiance, responsabilité, il faut assumer ses responsabilités, son espace d’expression, sa modération, ses règles qui ont été pensées, réflechies, mises en place.

Un exemple. J’ai parfois eu des commentaires qui m’ont posé problème. J’ai contacté la personne visée par une attaque, j’ai demandé si elle souhaitait que je supprime le commentaire. J’ai fait cette démarche car j’ai conscience de ne pas être le mieux placé pour juger ce qu’est un manque de respect. Je pense que la personne visée est la plus à même de le définir car ça la concerne elle directement. La modération ne me concerne pas que moi (proprio/modérateur) mais aussi mes lecteurs, l’attaquant, la personne visée, le contexte, etc.

Le respect par la force

Pour moi il y a plusieurs degrés de respect, tout comme il y a plusieurs degrés d’attaque. Le premier degré du respect pour permettre un échange, c’est de s’entendre/s’écouter. Si personne ne s’entend parler à cause du bruit ou des insultes, il n’y aura rien et sûrement pas d’échanges. Le second degré du respect sera probablement ce que chacun se fait de l’idée du respect. Je te respecte, tu me respectes.

Revenons au premier degré. La plupart du temps quand il n’est pas présent il est imposé par la force. Prenons une salle de classe où c’est un bordel pas possible. Le professeur fera respecter le silence par la force et grâce à des sanctions : mots dans le carnet, heures de colle, convocation des parents, rappel à l’ordre sur un ton sec et très fort dans la classe.

Si un abruti vous cherche des noises tous les jours, le seul moyen de le faire cesser sera probablement de lui foutre une bonne baigne. Il ne vous respectera probablement pas plus mais vous aurez imposé votre présence. Vous aurez dit j’existe et maintenant tu vas me respecter. Personne ne le fera à votre place.

Si on ne vous respecte pas, c’est à vous de vous faire respecter. Je terminerai donc en disant que quand on se fait attaquer, c’est à nous d’assumer et de répondre à cette attaque pas au modérateur (jusqu’à un certain degré).

Moi quand on me cherche on me trouve et en général c’est mes arguments qu’on trouve ;)

Déjà un avis pertinent dans Échanger :

Ne pas accepter les commentaires qui ne sont pas constructifs c’est simplement ne pas accepter l’autre, son besoin d’être et de s’exprimer.

Petit commentaire: ne pas accepter ce que fait l’autre ne veut pas dire qu’on ne l’accepte pas lui-même. Il y a une distinction à faire entre l’être et le faire, qui est même essentielle à toute sociabilité et particulièrement nécessaire dans le cadre du management, c’est à dire du collectif. Faire preuve d’une bienveillance inconditionnelle quant au « être » permet de faire preuve d’une franchise radicale dans le « faire ». Ce sont deux dimensions orthogonales. Les confondre, c’est réduire l’autre à ses actes, c’est à dire le dépecer de son humanité. C’est le rejeter parce qu’il n’est pas au niveau, ou alors l’encenser parce qu’il est ultra doué. En subir la confusion, c’est être rejeté parce qu’on n’est pas perçu comme étant au niveau, ou alors bénéficier de passe-droit en humanité parce qu’on est doué. Dans tous les cas, la simple critique (au sens de questionnement) du « faire » devient une mise en danger de l’être. Il y a beaucoup de violence là-dessous.

Pour en revenir à ce que tu écris: la sociabilité de chacun est différence. Certains ont besoin de smalltalk, d’autres ne s’expriment que rarement, lorsqu’ils ont l’impression d’avoir quelque chose à apporter. C’est cette variété qu’il est essentiel de considérer, car elle a des conséquences. Les communautés se structurent autour d’un thème principal, avec souvent d’autres thèmes secondaires. Lorsqu’elles échangent par smalltalk, elles gagnent en accueil ce qu’elles perdent en rapport signal bruit. Elles sont orientées vers l’extérieur d’elles-mêmes. Lorsqu’elles échangent suivant des modalités « constructives », elles gagnent en expertise ce qu’elles perdent en capacité d’accueil. Elles sont orientées vers l’intérieur d’elles-mêmes. Par conséquent, ce n’est qu’en considérant comme complémentaires les différentes sensibilités qu’il est possible pour un « entre soi » d’être à la fois compétent et accueillant. Sur ce plan-là, les communautés techniques, par définition très sensibles à ce qui est la norme, ont tendance à être naturellement exclusives. Pourtant, étant donné l’importance considérable de la technique et de la pédagogie qu’il s’agit d’en faire, elles devraient être ouvertes sur l’extérieur sans pour autant descendre en compétences. Finalement, si elles n’ont que peu d’impact dans le monde réel, c’est peut-être simplement parce qu’elles jouent le rôle d’un prisme qui gomme en partie l’humanité que nous avons en partage.

Sur ce: BONNE ANNÉE !

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