Les idoles

Avec A1 (Diaspora, Twitter) on parle assez régulièrement de David Larlet (son dernier article). Un jour j’ai fait la remarque qu’on en parlait vraiment comme des groupies de 15 ans, c’était vraiment frappant. Je veux dire parler d’une autre personne, rebondir sur ses raisonnements, se dire que vraiment il est pertinent alors que la personne n’est pas là. On dirait vraiment qu’on parle d’une star.

J’ai demandé à A1 ce qu’il pensait de cette “starisation” et voici ce qu’il m’a répondu.

Je crois que lorsqu’on passe d’un système hiérarchique centralisé à un hiérarchique décentralisé, puis à un système distribué, la plupart d’entre-nous se retrouvent davantage en capacité de faire des choix qui impactent leurs vies et celles de leurs entourages. De là nait un désir de sens, à saisir, à digérer, puis à implémenter.

Ces désirs de sens de chacun sont initialement orientés de façon quasi aléatoires, mais je crois qu’ils évoluent avec le temps en fonction des personnes que nous croisons. Je crois que nous avons chacun à apprendre de ceux qui nous entourent, et que la réciproque est laissée à la discrétion de ces derniers. De là un phénomène de convergence des désirs, des aspirations. Nous “suivons” certaines personnes (le terme de “follower” de Twitter est très éclairant), comme des “disciples” suivraient des maîtres. Dans certaines dimensions dans lesquels nous avons un don particulier, d’autres nous reconnaissent comme “maîtres”. Dans celles dans lesquelles nous avons à apprendre, nous nous considérons comme “disciples”. Comme les dons sont multiples et répartis, un réseau social très spécifique émerge dans lequel aucun de nous ne dépasse en tout point les autres, ce qui laisse la possibilité à chacun de trouver une place qui lui correspond, si le groupe lui reconnait cette place.

Ce que je décris ainsi de façon statique est en fait dynamique : par itération, nous avançons (nous progressons), et ceux que nous considérions hier comme nos “maîtres” deviennent des “pairs”, voire parfois se reconnaissent “disciples”, suivant nos évolutions et les dons qui s’expriment et se potentialisent. L’inverse est vrai aussi : ceux qui étaient une fois nos “disciples” nous apprennent un jour énormément.

Dans ce contexte où simultanément nous suivons et sommes suivis, la question de la visibilité devient presque un prérequis à l’existence. En attendant que chacun puisse recevoir l’attention qu’il mérite, cette dernière converge sur ceux qui s’expriment avec sagesse et perspective (–> starisation).

David est une de ces personnes. Son éclairage s’ancre dans la technique et la dépasse, apportant une réflexion que je trouve de grande qualité. Dans certains domaines, j’ai l’impression qu’il s’arrête juste devant ce qu’il pense être un précipice alors que j’y vois une autoroute à dérouler. Dans d’autres, les mots qu’il met sur ce qui me semblait indéfini voire ignoré font apparaitre l’autoroute qui me manquait.

Je suis assurément flatté qu’il me cite, tout comme je le suis qu’il prenne contact avec moi. Je crois aussi que l’essentiel n’est pas là. Ce qui converge depuis lui vers moi alimente potentiellement mon égo, et ce que j’ai à cœur de lui apporter – comme à toi d’ailleurs – , c’est bien davantage que mon égo. Mon égo, d’ailleurs, n’est qu’un obstacle dans ma recherche de la pertinence de ce que je pourrais avoir à vous dire à l’un et à l’autre, suivant les chemins de vies qui sont les vôtres, que je ne perçois que depuis le chemin tout aussi singulier et qu’est le mien.


J’ai fait quelque chose d’important mais qui ne s’est pas vu avec mon billet Construction et déconstruction, j’ai abattu mes idoles. Cyrille, A1, David, c’était des dieux pour moi.

Cyrille qui m’a donné envie d’écrire et qui m’a donné la possibilité de le faire. Le mec quand tu le lis tu te dis putain il a grave raison 9 fois sur 10.

A1 la grosse tête, le killer total, tu lui dis 2+2=4, il te reprend et il t’explique les plans de l’Étoile noire. Quand tu parles avec un mec comme ça, t’as l’impression que tu viens de débarquer sur une île déserte avec ta bite et ton couteau et le mec vient te chercher sur la plage avec son quad te dit qu’on va prendre l’autoroute qu’il vient de refaire pour aller au Palais impérial… mais WHAT ? Non mais c’est ça tu comprends rien à ce qu’il dit et un jour ça commence à prendre forme et là tu as envie de lui rouler des pelles pour le remercier d’avoir partagé ça avec toi, d’avoir amené de l’eau à ton moulin, de l’avoir fait de manière totalement désintéressé.

Et puis David qui creuse tout seul, inlassablement, continuellement. Il va très loin et souvent seul, une sorte d’athlète, de performeur, de modèle.

C’était des dieux pour moi. Le problème c’est que par définition ils sont intouchables, je les ai rendu intouchables. Ce n’était plus des hommes mais des modèles, des dieux. Comment pourraient-ils accepter de me parler ? Comment ne pas passer pour un débile à leur contact ? Comment être intéressant face à des mecs comme ça ?

Et puis j’ai commencé à échanger avec eux, avoir mes propres idées différentes des leurs car nous cheminons tous sur des chemins différents. J’ai commencé à remettre en cause leurs idées, leurs arguments. J’en ai débattu avec eux et sans eux. Je les ai ramené à mon niveau, j’ai abattu mes idoles et j’en ai refait des hommes.

Des hommes que je pouvais enfin solliciter, des hommes avec lesquels je m’entends bien, avec qui je peux parler simplement, des hommes à ma hauteur. J’ai enfin été en mesure de leur parler d’égal à égal. J’échange des mails et des vacheries avec Cyrille. Il m’arrive régulièrement de passer 5h à échanger des mails avec A1. David est toujours seul pour nous rappeler que chacun a son chemin, sa voix à suivre. Construction et déconstruction c’était un passage, j’ai regardé Cyrille en face et je lui ai dit ce que j’avais à lui dire.

Ce processus est important car aujourd’hui je peux compter sur eux pour une question, un coup de main, rebondir sur une réflexion, trouver un outil. Je les ai incorporé à mon fonctionnement, à ma propre progression, ils font partie de mon outillage, de ma team. Ils se nourrissent de moi et je me nourris d’eux.

Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

Je sais que moi aussi, malheureusement, j’inspire ça à d’autres. J’ai déjà eu des mails où les mecs s’excusaient presque d’exister et de m’avoir dérangé dans ma tour d’ivoire. Non mais c’est le contraire. La porte est grande ouverte, envoyez des mails, les commentaires sont là pour vous. Venez, on va discuter, partager et progresser ensemble.

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