Quel avenir pour le jeu vidéo ?

Je suis les évolutions du monde du jeu vidéo depuis un moment, maintenant, et une chose me paraît de plus en plus clair : il est en train de radicalement changer. D’un côté, le vieux secteur du jeu PC et des consoles de salon semble stagner, de l’autre, les téléphones et tablettes sont devenues suffisamment puissantes pour proposer des jeux vidéo beaux et riches.

Les consoles de 8e : RAS

Du côté du jeu vidéo traditionnel, rien de neuf se profile. D’un point de vue technique, les jeux-vidéo semblent être arrivés à une phase de plateau en terme de réalisme. Certes, d’année en année, les jeux pourront proposer des personnages modélisés un peu plus fidèlement avec un poil plus de polygones, mais il ne semble pas possible de faire beaucoup plus. La 7e génération de consoles de salon a marqué la dernière étape majeure du secteur avant un moment. Il suffit de voir la longévité de la Xbox 360, de la PS3 et de la Wii (8 ans, 7 ans et 7 ans) pour comprendre que les constructeurs n’avaient pas grand-chose de neuf sous la main. Sur les générations précédentes, les consoles avaient une durée de vie de 5 ans en moyenne avant d’être remplacées (6 ans entre la PS et la PS2, 4 entre la Xbox et la 360, 5 entre la GC et la Wii, 5 entre la N64 et la GC, etc.). C’est sur cette génération que l’on a vu arriver les dernières innovations en date en terme de gameplay, soit : le jeu en ligne, le jeu dématérialisé, les environnement photo-réalistes, les cinématiques en motion-performance, etc. Les consoles de 8e, en revanche, ne proposent pour l’instant rien de neuf. Ce ne sont en fait que des versions plus puissantes des consoles de 7e.

Un seul détail me chiffonne cependant : le cas des casques de réalité virtuelle. La technologie est désormais au point et bénéficie de fonds d’investissement considérables (Facebook a racheté l’Oculus pour 2 milliards de dollars et HTC proposera dans quelques jours le sien pour les Steam Machines) et pourtant, la technologie n’a pas l’air de soulever plus d’enthousiasme que ça, ce qui est assez contradictoire alors que la course aux graphismes pour créer des environnement toujours plus immersifs est une caractéristique du jeu vidéo casual de ces dernières années. Dans la même veine, l’arrivée des Steam Machines sonnait il y a peu encore comme un messie aux oreilles des hardcores (en particulier les fans de Linux) et le Steam Pad promettait de belles innovations en perspective, mais là aussi, le soufflet semble être un peu retombé.

Le jeu indé, le web et le mobile

Pendant ce temps, le jeu indépendant est devenu extrêmement populaire en quelques années. Il a pour principale caractéristique d’être essentiellement développé par de petites équipes (moins de 10 personnes) souvent, même, binômiales ou monômiales. Hotline Miami et Hotline Miami 2 ont été développés par Jonatan Söderström et Dennis Wedin, Super Meat Boy par Edmund McMillen et Tommy Refenes, The Binding of Isaac par Edmund McMillen ou Braid, par Jonathan Blow. Le succès de ces petits jeux, développés avec peu de budget, souvent conceptuels ou déroutants est devenu une marque de fabrique voire une catégorie de jeu à part entière. Étonnamment, le succès de ce nouveau type de jeu vidéo coïncide avec l’arrivée depuis 2008 des plateformes de financement participatif (IndieGoGo en 2008, Kickstarter en 2009).

Le jeu dans les transports, c’est assez vieux et il est peu probable que ceux de ma génération aient grandi sans Game Boy, Game Gear et autres merdes de ce genre qu’on se faisait constamment confisquer à l’entrée du collège. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est le taux de pénétration du truc. Alors que la Nintendo DS s’est péniblement vendue à 154 millions d’exemplaires et que la PSP/PS Vita plafonnent à 94 millions d’exemplaires, Google annonce avoir vu passer 400 millions de terminaux au total (sans compter les distribs non-officielles comme CyanogenMod) et Apple, 365 millions. Ce n’est donc guère étonnant que le jeu vidéo se soit considérablement développé sur ces plateformes.

Sans compter que dans le même temps, elles ont aussi vu arriver des applications d’émulation de consoles performantes comme GBCoid pour la Game Boy, Nesoid pour la NES, ou un portage de Dolphin, le célèbre émulateur de GameCube et Wii. Le phénomène du retro-gaming n’est certes pas neuf, mais semble avoir pris beaucoup d’ampleur ces dernières années. En fait, c’est normal : les gens s’emmerdent beaucoup au boulot et dans les transports ; il faut bien qu’ils s’occupent.

Dernier point — et celui-ci est plutôt flippant — l’arrivée du protocole OAuth et la généralisation des API web a fait émerger un nouveau type de jeu : le jeu vidéo sur réseau social, essentiellement sur Facebook. Il est impossible pour vous d’avoir manqué le succès des lamentables Farmville, CityVille ou du très mauvais Candy Crush Saga qui accomplit l’exploit de totaliser 9.5 millions de joueurs quotidiens, ce qui m’a fait perdre toute foi en l’humanité.

Conslusionnage ta mère

Ce me semble, le jeu vidéo traditionnel s’essouffle. De ci, de là, je n’entends que monts et merveilles sur la prochaine révolution en monde ouvert (open-world pour les corporate) et des pores de personnages modélisés sur 12 millions de polygones. Le jeu sur console et sur PC me fait l’effet d’être au point mort. Si le jeu indé ou l’émulation sur mobile me donne un maigre espoir, ça reste du marché de niche et je pense que le secteur arrivera très vite à saturation avec les jeux sociaux au modèle économique plutôt très malsain et au gameplay plutôt pas très riche.

En fait, le jeu-vidéo me donne l’impression d’être dans une situation de frénésie similaire à celle d’avant le krach de 1983.

Le calme avant la tempête…

Déjà 2 avis pertinents dans Quel avenir pour le jeu vidéo ?

  • Mister Paytwick
    Mais il n’y aura (peut-être) pas de Krash:

    Si la dernière hype est le monde ouvert (et les éternels « plus beau graphismes »), on voit apparaître une nouvelle catégorie de joueurs et de jeux. Les jeux « mieux que leur grand-mères », qui ne sont pas si différents que les jeux habituels en fait, hormis le fait de chercher à centre toute une partie de l’activité autour du jeu (communauté et autres) sur le fait que les autres jeux de la catégorie, du genre, sont obselètes, archaïques, et que le jeu de la communauté est, si ce n’est pas parfait, « incroyablement plus mieux ».

    Il semble qu’on arrive au temps ou les jeux ne vont manquer que de quelques meutres en leurs noms pour être des religions. Des jeux dont la boîte de développement s’occupe surtout de manipuler l’opinion des joueurs et de les faire révérer des changements tel que « payer plus pour autant »…

  • Je suis assez peu optimiste pour le jeu sur mobile. J’ai le sentiment que les limites du manque d’interaction ne permettrons pas de faire plus que de l’arcade et du free to play.

    Je pense que la fin de la course au réalisme va laisser la place à quelque chose de mieux.
    J’ai vraiment un amour de ces jeux qui ont une « patte graphique » propre comme Beyond Good & Evil, Life is Strange ou même Borderland. La stagnation dans la course au réalisme va pousser les studios à se démarquer autrement, et ça me fait vraiment plaisir.

    J’ai le sentiment qu’on commence aussi à voir la fin de la frénésie des open world qu’on avait au lancement de la xbox one et la ps4, au profit de jeux plus court et avec moins de farming et de quêtes secondaires inutiles.

    Et puis la bonne nouvelle à mes yeux de ces dernières années, c’est quand même la généralisation des jeux très narratif comme Life is Strange, Tales from the Borderlands, the Last of Us. Le côté interactif de jeu vidéo pour raconter une histoire avait vraiment été trop peu exploré, et j’espère que c’est quelque chose qui va continuer de se développer à l’avenir.

    Finalement, je pense pas que l’avenir soit si noir. On aura toujours des jeux mainstream avec des graphismes à la pointe, le free to play va continuer d’être odieux et de racketter nos mamans, mais je pense aussi qu’on a un retour des jeux avec des équipes plus petites et plus créatives que les blockbusters, mais avec malgré tout plus de moyens que les jeux indépendants.

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