Lettre ouverte à l'Académie Française

Ceci est un sorte de lettre ouverte adressée aux académiciennes et académiciens de l’Académie Française ; un plaidoyer contre la françisation à outrance des mots d’origine anglaise.

Cher académiciennes et académiciens,

je sais que parmi vos objectifs figure celui de proposer des traductions françaises pour des mots d’origine étrangère et ce, afin de défendre notre langue et notre culture. Standardiser le français fait partie de vos attributions depuis 1634, date de la fondation de l’Académie. Je comprends et respecte cette mission, et me bats moi-même constamment contre certains de mes pairs afin qu’ils utilisent les traductions correctes de termes anglais.

Cependant, je pense qu’il y a parfois un moment à partir duquel il faut savoir s’arrêter ; en particulier lorsque vous vous mettez en tête de traduire des mots dans un domaine qui, visiblement, vous dépasse et auquel vous semblez ne rien paner. Sans détour, je fais référence ici à certaines traductions de termes informatiques que vous avez proposé, et même imposé, comme l’ignoble mot-dièse censé remplacer le hashtag.

Voyez-vous, chers académiciennes et académiciens, nous sommes, informaticiennes et informaticiens, de grandes personnes, relativements éduquées pour la plupart et sommes tout à fait capables de proposer nous-mêmes des traductions correctes de notre jargon. Le français est une des rares langues au monde à posséder une traduction correcte pour la presqu’intégralité du vocabulaire informatique et nous ne nous privons pas de l’utiliser et de l’étendre. C’est ainsi que des expressions de vocabulaire très technique comme design pattern (patron de conception, en français) ont presque tous une traduction française correcte et s’il nous arrive parfois d’utiliser leur équivalent anglais dans la vie quotidienne, c’est plus par soucis de concision — l’anglais est souvent moins verbeux que le français — que par ignorance. Aussi, avant de proposer une traduction pour un mot d’origine anglaise — a fortiori issu d’un vocabulaire technique — il eût été, mesdames, messieurs de l’Académie Française, plus convenable de vous enquérir si le terme ne possédât pas déjà une traduction correcte. Car il se trouve que c’est le cas de « hashtag ».

Car voyez-vous, hashtag ne peut pas et n’a jamais pu se traduire par mot-dièse et le fait que vous ayez proposé un telle traduction ne fait que révéler votre profonde méconnaissance de notre domaine. Le fait que sur les réseaux sociaux les plus populaires, des mots-clefs servant à catégoriser des contenus s’écrivent avec un dièse est parfaitement fortuit.

Je me permet d’ailleurs d’ouvrir ici une parenthèse pour indiquer qu’en plus de proposer une traduction stupide, vous marchez sur les règles typographiques les plus élémentaires. Car voyez-vous, un hashtag ne s’écrit pas un dièse, — dont le caractère typographique est celui-ci : ♯ — mais avec un croisillon : #.

Le mot hashtag, disais-je donc, ne peut pas se traduire en français par mot-dièse. En informatique, la véritable traduction de hashtag est clef de hachage.

En informatique, une fonction de hachage — on rencontre parfois la graphie anglaise hashage pour les mêmes raisons que certains informaticiens disent librairie en lieu et place de bibliothèque — est une fonction qui permet, à partir d’un ensemble de données de taille indéfinie, de renvoyer un ensemble de données de taille constante quel que soit l’ensemble en entrée de la fonction. On appelle cet ensemble résultat, la clef. Cette clef, si la fonction de hachage est bien pensée, est unique pour un ensemble de données défini. Cela signifie que le même ensemble d’entrée produira toujours la même clef avec la même fonction et que deux ensembles différents produiront deux clefs différentes.

Les fonctions de hachage ont des applications dans de nombreux domaines de l’informatique car elles permettent théoriquement de produire un emprunte unique pour un ensemble de données quelconque avec un résultat parfaitement prévisible — par exemple, une chaine de 32 caractères alpha-numériques. Elles sont notamment très utilisées dans les tables de hachage dont la principale appliction est… le classement et la recherche de contenus, et qui sont très utilisées par les moteurs de recherches. Commencez-vous à voir là rapport avec les hashtags des réseaux sociaux ?

Sur les réseaux sociaux, les hashtags sont essentiellement utilisés comme marqueurs de méta-données. Bien évidemment, ils peuvent également être utilisés par certaines personnes ignorantes pour mettre des mots ou des expressions en emphase, mais ça n’est qu’un usage détourné et ridicule de l’outil. Leur utilisation a été popularisée sur Twitter à partir de 2007 par un utilisateur proposant d’utiliser le caractère croisillon accolé à un mot afin de définir des thématiques liées à un message. Cette notation particulière permettait principalement de faciliter la recherche de contenus via la moteur de recherches de Twitter. Leur utilisation a explosé en 2009 lorsque Twitter a commencé à interpréter les hashtags et les afficher comme des liens hypertextes vers une recherche de contenus. Nous retrouvons là l’utilisation originelle de la clef de hachage permettant le classement et la recherche de contenus.

Si vous avez correctement lu mon explication, mesdames et messieurs les académicien-ne-s, vous comprendrez à quel point il est stupide d’avoir imposé l’utilisation du mot-dièse comme traduction de hashtag car non seulement elle se substitue à une traduction correcte existante, mais, en plus, elle est sémantiquement ridicule.

Aussi, si la défense de la langue française vous tient tant à cœur, renoncez à vouloir propager cet odieux néologisme dans les institutions de l’État et adoptez la traduction correcte : clef de hachage.

Votre dévoué.

Augier.

PS: Dans certains cas, comme le cas qui nous préoccupe, tag peut se traduire aussi par marque ou marquage. Il s’agit en effet bien plus de marquer soi-même un contenu comme relatif à un sujet que d’en calculer une clef de hachage. Aussi, si vous tenez tant à créer un mot pour refleter un usage nouveau dans les réseaux sociaux, je vous propose donc d’utiliser le mot hachemarque, bien plus élégant que mot-dièse.

Déjà 5 avis pertinents dans Lettre ouverte à l'Académie Française

  • Cascador
    Salut Augier,

    Dommage que la quasi-totalité de l’article soit tournée sur l’exemple de Hashtag, j’aurai apprécié une réflexion sur ces traductions françaises de termes techniques. C’est une réflexion qui me travaille ces derniers temps, je trouve cela relativement ridicule de tout vouloir traduire, cela dénature, les mots ainsi francisés sont peu voire pas utilisés bref. Je suis particulièrement touché par ce sujet à cause du Journal du Pirate, Carl Chenet est très à cheval là-dessus pour moi voir hacker = pirate, tag = marque, cloud = infonuagique c’est particulièrement difficile. Qui utilise infonuagique ? Même pas les sociétés comme Orange dans leurs pubs donc quel intérêt ?

    Je t’invite à te relire l’ami car certaines fautes sont assez importantes et desservent tes articles : paner ?, qutidienne, d’origne, les réseau sociaux

    Tcho !

  • Vaste débat que celui-là !

    Je peux faire amende honorable et confesser que je suis atteint de vieux-connisme car je préfère parler de parc de stationnement et non pas de parking, de courrier électronique et non pas d’e-mail voire du très vilain courriel.

    Une rapide analyse du mot e-mail permet de voir qu’il s’agit en fait de electronic mail donc de courrier électronique (l’adjectif se place avant le nom en langue anglaise et après en langue française).

    Du coup, un terme comme shareware ne peut se traduire correctement par partagiciel comme on le voit parfois mais par logiciel à l’essai.
    On tente ici de faire passer un adjectif (share) pour un nom (partage) et un nom (software du moins ici sa contraction) pour un adjectif même faute que pour e-mail.

    Un bug se francisera incorrectement par bogue qui est l’enveloppe de la châtaigne comme tout le monde le sait mais l’écrit sans cesse.

    Bref, avant de traduire à tout va, essayez de comprendre le terme et son sens et traduisez alors l’idée et non le mot.

    Stylisme pour design a du sens, mercatique pour marketing est assez limite par contre, étude de marché me semble plus approprié.

    Tutoriel pour tutorial, ok mais évitez didacticiel tout aussi juste mais inutilement pompeux…

  • Cascador
    Je pose donc la question : est-ce qu’il y a un intérêt à ce que l’Académie Française traduise les mots (techniques) anglais ? Il y a tellement d’erreurs, de mots francisés jamais utilisés dans le langage courant, de contre-sens.

    Et la seconde question doit-on utiliser ces mots (dénués de logique pour la plupart) dans le langage courant ?

    J’aime la langue française mais je trouve que ces traductions desservent le langage (mots qu’on utilise pour se faire comprendre). Carl Chenet me disait que hacker est rentré dans la langue Française mais auparavant hacker = pirate quelle erreur de sens et de traduction.

    En l’état je trouve qu’à trop vouloir défendre la langue française on perd le sens des mots dont l’usage premier est de servir avant tout à se faire comprendre et à communiquer.

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