Les chroniques d'un monde nouveau — Épisode 2 : L'iPhone et la lutte des classes

Je me suis longtemps demandé pourquoi les gens achetaient des iPhone. D’un point de vue purement technique, il faut l’avouer, c’est un mauvais téléphone : la résolution de l’écran a 2 ans de retard, la puissance du processeur est minable, le téléphone est tellement verrouillé que la première chose que la plupart des gens font, c’est le jailbreak.

Et pourtant, inexorablement, l’iPhone se vent.

C’est ainsi que lorsque l’iPhone 6 plus est sorti, je fus persuadé qu’Apple était allée trop loin, qu’elle venait de commettre l’erreur qui, enfin, ferait couler la boite et permettrait à l’informatique de passer à autre chose. Je me suis dit que personne n’achèterait un téléphone qui coûte un SMIC quand mon OnePlus, qui coûte 3 fois moins cher, est plus puissant et me laisse la liberté d’installer la distribution Android de mon choix.

J’étais loin de me douter à quel point j’étais dans l’erreur et seulement quelques temps plus tard, Apple annonçait à nouveau des bénéfices records pour se trouver être la plus grosse capitalisation de l’histoire du capitalisme…

Le jour où le PDG sorti son iPhone 6 plus de sa poche

Le point de départ de ma réflexion est un geste, parfaitement anodin et qui, pourtant, m’a profondément marqué.

Ça s’est passé il y a quelques semaines, alors que le PDG de la boite où je bosse s’apprêtait à donner une présentation sur la travail effectué dans la boite depuis son arrivée. Dans l’open-space, les salariés étaient réunis autour d’un vidéo-proj posé sur un bête meuble bas. Je vis alors le PDG sortir sont iPhone 6 plus de sa poche pour le poser juste à côté du vidéo-proj.

Un geste parfaitement anodin et qui, pourtant, m’interrogea. Pourquoi sortir son iPhone 6 plus et le poser là, à la vue de tous le monde ? Je ne voyais que deux explications : soit son téléphone le dérangeait — auquel cas, pourquoi en avoir acheté un si gros ? — soit il y avait une autre raison. Ce n’était en tout cas pas pour suivre l’heure puisqu’il y avait une pendule en face de lui.

Et puis, je me suis souvenu de la manière dont, moi-même j’agissais lorsque j’ai acheté ma première voiture. C’était une voiture modeste, certes, mais presque neuve et très récente. Et j’étais fier de posséder ma voiture à cet âge alors que la plupart de mes amis, plus vieux, n’en avaient pas.

Je me souviens qu’alors, je ne pouvais pas m’empêcher, dès que je m’asseyais quelque part, de sortir mes clefs de ma poche et les poser nonchalamment sur le meuble en face de moi puis, jouer compulsivement avec. À tel point que c’en était devenu un objet de gentille moquerie de la part de mes amis. Je ne m’en rendais alors encore pas compte, mais j’agissais que ce PDG : j’aimais à exhiber mes possessions.

De la même manière que j’aimais à montrer que je possédais ma propre voiture si jeune, ce PDG aime à montrer qu’il possède un iPhone 6 plus. Car cela le différencie de la masse : ce n’est pas tout le monde qui est capable de sortir un SMIC pour se payer un simple téléphone.

Le cas Apple

Le marketing d’Apple est intéressant : tous ses produit sont à l’image de l’iPhone : techniquement dépassés et verrouillés comme aucun autre mais ce qui attire dans un produit Apple n’est pas son aspect technique.

Je peux en témoigner mieux que beaucoup car je dois l’avouer, à ma grande honte, mon premier PC a été un MacBook. À ma décharge, je composais à l’époque de la musique et il se trouve que les ordinateurs Apple étaient — et sont toujours, d’ailleurs — ce qui se fait de mieux en matière de support pour la MAO.

Je n’étais déjà, à l’époque, pas dupe de ce que valaient les produits Apple sur le plan technique. J’ai donc pu constater, par moi-même, sans fard, ce que voulais dire « acheter un produit Apple ».

Car acheter Apple n’est pas juste acheter un téléphone ou un ordinateur, c’est plus que ça. C’est presque entrer dans une secte. La plupart des possesseurs de produits Apple sont prêt à défendre leur marque bec et ongles jusqu’à la mauvaise foi la plus totale. Et c’est quelque chose de très étrange que de constater qu’une simple marque d’informatique puisse déclencher tant de passion.

Mais cela a trait au marketing particulier d’Apple. Il faut reconnaître aux produits Apple d’être esthétiquement beaux et particulièrement bien conçus. C’est quelque chose que l’on retrouve dans tous les secteurs mais plus particulièrement, dans l’automobile : les voitures les plus jolies sont aussi les plus chères tandis que les citadines bas-de-gamme ont le droit au traitement design le plus sommaire. Cela ne coûterai pas plus cher, pourtant de faire des lignes plus épurées sur une citadine bas-de-gamme — la Dacia, par exemple — mais la raison est avant-tout sociologique.

C’est en regardant cet épisode de la chaine Hacking social que la chose m’est apparue. Dans l’épisode, il est traité des apparences et de la soumission que certaines apparences provoquent. Le cas le plus intéressant est celui du costume qui, plus que tout autre habit, provoque une crainte et le sentiment d’avoir affaire à quelqu’un de puissant :

JB

Et le cas du PDG de ma boite est assez révélateur. Hormis les commerciaux et un ou deux cadres, bien peu sont en fait les gens à porter un costume et encore moins une cravate. Pratiquement aucun développeur ne s’habille comme ça, d’ailleurs.

L’iPhone révélateur de classe sociale

Ma théorie est donc la suivante : l’iPhone, bien plus qu’un téléphone, un GPS ou n’importe quelle fonctionnalité, est avant tout, comme le sont le costume et la cravate, un révélateur de la classe sociale de son possesseur. C’est pour ça que, en dépit de toute logique, plus le téléphone est beau et cher, mieux il se vend. Parce que tout le monde n’est pas capable de sortir un SMIC pour un simple téléphone.

Et je pense que l’analyse pourrait porter sur n’importe quelle possession technologique, aujourd’hui. Il semble presque possible de catégoriser quelqu’un dans son attitude et son métier en fonction de son ordinateur et son téléphone. C’est pourquoi l’iPhone a beaucoup plus de succès chez les cadres et les commerciaux que chez les informaticiens.

Ce qui me semble plus intéressant, c’est que les objets informatiques soient devenus à ce point, presque plus que tout objet, des indicateurs de classe sociale.

 

Déjà 13 avis pertinents dans Les chroniques d'un monde nouveau — Épisode 2 : L'iPhone et la lutte des classes

  • Salut,
    Je me souviens avoir eu une réflexion similaire mais ai un peu changé d’idée.
    Je pensais aussi que les produits Apple (que je n’utilise pas/peu) étaient dépassés techniquement parlant, jusqu’à présent, l’Iphone ne possédait qu’un Gio de ram, la résolution du mac book air est longtemps resté obsolète, oui.
    Mais non, si sur la fiche technique les produits sont en retard, quand on les utilise, cela ne se voit pas. Le macbook air a toujours la meilleure autonomie des portables, l’Iphone avec ses 1Gio se défendait plus qu’honorablement niveau réactivité (quand bien même le sytème était encore bien limité). Ça marche, c’est joli, que demande le peuple ? Là où Apple a du souci à se faire, c’est sur sa créativité qu’il semble avoir perdu.

    Quant à la distinction des classes par Iphone, je n’y crois pas. Je connais nombreuse familles au smic justement qui préfèrent rogner sur la bouffe et les vacances pour se payer un Iphone. C’est bête, surement, dommage, certainement, mais voila, cela fait rêver certaines personnes.
    Quand les mêmes personnes me demandent ensuite comment ce fais-ce que moi, technophile, ne possède pas d’Iphone (insinuant qu’il s’agit incontestablement du meilleur téléphone) je leur explique que c’est un mauvais rapport qualité-prix, que les app gratuite du coté d’android sont payante sous iOS (argument désuet maintenant que je suis sous FirefoxOS), que pour moitié prix on peut avoir un téléphone qui fait exactement la même chose, et meme plus quand on regarde les ROM compatible avec les nexus, ils me regardent avec des yeux rond, s’expliquent que eux ils veulent juste un truc ‘simple’ et qui marche et que donc, cela leur convient, je ne leur ai pourtant rien demandé. Je pense parfois un peu fort «mouton» sans tout de même le leur dire, les pauvres leur téléphone leur à coûté un bras.
    Au final Apple s’est imposé comme un must-have aussi bien chez les riches que les moins aisés, ce n’est pas un marqueur social, simplement, pour beaucoup, un pseudo-marqueur pour se dire, j’ai fait le bon choix, j’ai le meilleur téléphone du monde et se rassurer. «J’ai pas eu d’augmentation, mais au moins, j’ai un Iphone»

  • Jerome BAPTISTE
    Les patrons sont bien différents, le mien n’a ni costard, ni iphone6 (il a un iphone5S car au renouvellement de la flotte il a été décidé de laisser tomber blackberry pour passer à Apple).
    Pour lui, son téléphone ne semble être rien d’autre qu’un outil de travail.
  • Jerome BAPTISTE
    Effectivement, le sujet n’est pas les patrons, c’était juste une façon de dire que tout le monde ne cède pas au marketing.
    Tout le monde ne prends pas un iphone comme faire valoir, même si sa coûte horriblement chers pour ce que c’est.
    Tout le monde n’a pas besoin de montrer ses atouts sous la forme de gadget hors de prix.

    Si la lutte des classes se résume à du matériel où va le monde

  • Jerome BAPTISTE
    Dans ce cas change ton titre !!!

    Je ne comprends pas ton article, ta façon d’écrire ou tu ne comprends pas mes propos à toi de voir !!

  • Deux remarques : comme l’a dit oni_chadow, ton postulat « technique » est mal venu. Oui le matériel (proco, RAM, etc.) n’est pas « puissant » mais les applis étant développées en écosystème fermé, elles fonctionnent sans « ramer » pour la génération du moment.
    Ensuite… l’achat de produit Apple, donc de la marque + design est soit révélateur de classe sociale (comme ton patron) soit… révélateur de l’ambition.
    Pour simplifier : le « pauvre » achète du Apple pour se croire l’égal de ton patron (niveau social).

    Je résume ma pensée : Apple vend du rêve, de la marque, du design et un produit assez dépassé techniquement (mais ce point est sans importance).
    A côté de ça, son écosystème est ultra ergonomique dans 95% des utilisations et je connais/croise un paquet de possesseurs d’iPhone/iPad qui ne jailbreak pas car n’y voit pas l’intérêt.
    Personnellement androphile, je n’éprouve pas le besoin de conseiller de « rooter » un appareil sous Android à mes proches.
    Nous (toi, moi, etc.) n’avons pas la même vision que la cible marketing d’Apple de l’informatique. Et Apple se fout de toi ou moi, apple sait que nous n’achèterons probablement pas ces produits.

  • Il n’y a pas de corrélation, chez Apple, entre la puissance technique et le prix. Contrairement au reste du monde informatique. donc vendre « cher » (notion subjective) du matériel techniquement dépassé ne me choque pas. S’il y a de la demande… autant en profiter.

    Sinon tu dis que l’iPhone est révélateur de classe sociale. Je suis d’accord en partie. Il est AUSSI révélateur de la classe sociale que l’on veut montrer… SANS Y ETRE.
    Mon propos est juste complémentaire au tien :)

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